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Quelques minutes après minuit

 
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Un enfant malmené, une mère mourante, un père absent, une grand-mère sévère, un entourage sans empathie, des paysages lugubres et un monstre végétal: tout est réuni dans Quelques minutes après minuit pour faire vibrer la cordes sensible, mais sans grande subtilité et de manière insistante.

Après The Impossible, deux épisodes pour une série TV, Penny Dreadful et un documentaire, 9 Dias en Haiti, le réalisateur du mémorable L’Orphelinat, Juan Antonio Bayona, revient sur grand écran avec l’adaptation d’une historie édifiante, manquant singulièrement de finesse. Du haut de ses treize ans, Conor (Lewis McDougall) vit dans un cauchemar au lieu de jouir de la vie comme un garçon de son âge. Sa mère se meurt d’un cancer irréversible, son père vivant outre-Atlantique ne réapparaît que pour ce drame, sa grand-mère (Sigourney Weaver) se comporte avec lui de manière très sévère, il est la tête de turc d’un groupe de camarades antipathiques, il passe ses nuits à faire de très mauvais rêves et la fenêtre de sa chambre donne sur le cimetière de son village au centre duquel trône un arbre inquiétant. Un soir, quelques minutes après minuit, comme le suggère le titre français du film, un monstre l’appelle, à l’instar du titre original de l’oeuvre. L’arbre prend vie et vient à sa rencontre. Il propose un marché à Conor: il lui narre trois contes et, en échange, le garçon devra lui raconter sa propre histoire.

C’est là la partie la plus intéressante du long métrage, concrétisée par trois films d’animation brillants. Le monstre prend un malin plaisir à inverser la narration classique des contes de fées et à brouiller les apparences. Ainsi, les gentils et les méchants ne sont pas ceux que l’on croit. Cette méthode doit bouleverser Conor face à la mort inéluctable et imminente de sa mère et le pousser à affirmer sa personnalité, au lieu de le laisser sombrer dans la fatalité, sans se révolter. Malheureusement, Quelques minutes après minuit tend à défendre la théorie inverse et charge beaucoup trop son personnage principal pour que l’on puisse s’identifier à lui, par une insistance lourdaude à son malheur. Au final, où l’on devrait éprouver de la compassion pour Conor, on ne ressent que de de la pitié. Et ce n’est pas la conclusion sombrant dans la facilité émotionnelle de la transmission entre Conor et sa mère qui vient alléger ce film manquant singulièrement de subtilité, au profit d’une grosse machine conçue pour faire pleurer dans les chaumières. Et c’est fort dommage.

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