Critique

Mercenaire

 
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Avec son premier long métrage, Sacha Wolff relate le parcours d’une force de la nature qui quitte sa terre natale polynésienne pour la France métropolitaine afin de gagner décemment sa vie comme rugbyman. Repéré par un chasseur de tête dans son île, le jeune Soane (impressionnant Toki Pilioko) s’apprête à quitter son père et son jeune frère pour un club français. Mais il doit convaincre son paternel, un être brut, enlisé dans les traditions et réfractaire à tout changement. Ce dernier finit par accepter en célébrant une cérémonie de l’adieu, ce qui signifie pour lui que le départ de son fils équivaut à sa mort.

Par une sublime transition sèche et sans concession, on passe d’une superbe prise de vue aérienne de la Polynésie ensoleillée, dernier regard de Soane sur son berceau natal, à un plan sur le parking d’un aéroport français à la grisaille monochrome. Ne correspondant pas à la masse corporelle annoncé par son agent, Soane est purement et simplement refusé par son acheteur qui lui offre un billet de retour chez lui. Il rejette cette humiliation qui le ferait passer pour un mois que rien auprès de son père et prend contact avec un compatriote dont il a eu connaissance de l’existence au cours de sa cérémonie d’adieu. C’est là la chance dans son malheur, car le club de rugby dans lequel évolue ce dernier cherche un nouveau pilier. Soane s’installe progressivement et s’adapte à sa nouvelle vie.

Avec beaucoup de tact, Sacha Wolff fait le portrait d’un homme à la recherche de son bonheur qui va se confronter aux nombreux écueils de sa destinée. Il croisera la jalousie d’un compagnon de jeu qui recourt au racisme le plus primaire pour exprimer sa faiblesse d’esprit, en se croyant spirituel et populaire. Il rencontrera l’amour grâce à une fille que tout le monde qualifie de facile. Et son passé ilien resurgira dans un déferlement de violence implacable. Loin des clichés qui auraient pu alourdir son film, Sacha Wolff parvient à une justesse de ton remarquable grâce à une mise en scène brute de décoffrage qui alterne astucieusement entre l’âpreté de ses propos et la tendresse qu’il éprouve pour ses personnages. Il signe un premier long métrage qui a autant de corps que d’esprit, logiquement récompensé par le Label Europa Cinema qui lui a été décerné suite à sa présentation lors de La Quinzaine des Réalisateurs 2016.

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