Critique

Dancer

 
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Dès le début de ce portrait du danseur-étoile Sergei Polunin, le ton est donné: on le voit filmé par un camarade dans une grande loge en train d’énumérer la longue liste des «médicaments» qu’il vient de prendre afin d’être infaillible sur scène. Grâce à des images d’archive personnelles, on le retrouve jeune danseur dans son école en Ukraine. Muni d’une caméra vidéo, Segei capte tous ses exercices dans le but de s’améliorer. Ces témoignages visuels sont utilisés par le réalisateur Steven Cantor pour retracer le parcours de cet enfant doué pour la danse et son impressionnante ascension qui l’amènera à être le plus jeune premier rôle au sein de la prestigieuse Royal Ballet School de Londres, à l’âge de dix-neuf ans.

Les nombreux témoignages de son professeur ukrainien, de ses parents et de ses camarades londoniens nous font découvrir un homme au caractère bien trempé qui voulait avant tout danser pour remercier sa mère et son père, ouvriers de condition très modeste, de leurs nombreux sacrifices. Pendant son apprentissage à Londres, il apprend la séparation de ses parents, et cet événement le marque à un tel point qu’il refusera que ces derniers assistent à ses prestations saluées par un public et une presse enthousiastes.

Au niveau professionnel, tout lui réussit, mais sa vie personnelle est mise entre parenthèses et il se réfugie dans les excès en tout genre, comme de couvrir son corps de tatouages, une première dans le monde du ballet de prestige. C’est sa façon de se rebeller et de refuser toutes les conventions liées à son métier. Ses camardes témoignent que personne ne parvenait à le suivre dans les soirées arrosées et autres fêtes mémorables où il était toujours le dernier debout. Puis, au sommet de son succès, il envoie tout balader et se retire.

Steven Cantor suit ce parcours atypique avec une très grande rigueur en se basant sur l’authenticité, sans ne rien enjoliver pour relater cette ascension fulgurante due à un travail acharné, la chute au firmament du succès et la rédemption. La dernière partie de son film remarquable s’attarde avec beaucoup de finesse sur la renaissance humaine et artistique de Sergei grâce à son art qu’il considère dès lors comme son allié salvateur et non plus une contrainte d’excellence.

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