Critique

L'Ami, François d'Assise et ses frères

 
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Ce très beau film à la sobriété exemplaire relate comment est né l’ordre des frères mineurs, plus communément appelé l’Ordre franciscain sous l’impulsion de Giovanni di Pietro Bernardone (Elio Germano) qui deviendra, deux ans après sa mort en 1226, Saint François d’Assise. Suspectant et refusant la richesse de l’Eglise romaine, François voulait être près du peuple et des plus pauvres. Avec ses disciples, il exposa son projet de communauté basé sur l’entraide et la prière à ses supérieurs, dont le Cardinal Hugolin (Olivier Gourmet), mais ces derniers ne le soutinrent pas, par crainte qu’il n’encourage la désobéissance, et lui accordèrent juste le droit de prêcher hors des murs de la cité régie par le clergé. Le long métrage de Renaud Fely et Arnaud Louvet suit ces hommes dans le parcours de leurs actions et dans leur choix de vie très humble.

Séparé en chapitres, L’Ami, François d'Assise et ses frères, s’attarde sur différents personnages de cette aventure mystique, comme Etienne (Thomas Doret qui illuminait Le Gamin au vélo des frères Dardenne et que l’on vient de revoir dans La Fille inconnue des mêmes réalisateur), un enfant recueilli, nourri et éduqué par la congrégation qui lui évita ainsi une mort certaine. Très intelligemment, chaque épisode de cette oeuvre met non seulement l’accent sur l’un des protagonistes, mais aborde aussi un thème précis à la difficulté de se faire reconnaître face à une entité toute puissante et sans partage.

C’est ainsi, que le personnage principal n’est pas vraiment François, mais son plus fidèle disciple, Elie de Cortone, interprété par un Jérémie Renier une nouvelle fois en état de grâce. Face à l’intégrité inaltérable de François, Elie est prêt à faire des concessions pour que le rêve de son ami se concrétise. Mais ne perd-on pas son amour propre, son honnêteté et son indépendance si l’on concède de petits arrangements au pouvoir en place? C’est là tout l’enjeu de ce film qui renvoie dès lors directement à l’actualité que vit le monde occidental. Il suffit de remplacer l’Eglise par le capitalisme fascisant qui ne cesse de broyer mentalement et physiquement celles et ceux qui refusent de se plier à son imposition autoritaire, et Saint-François et ses frères par les résistants qui essaient laborieusement de faire prendre conscience aux endoctrinés que leur asservissement va les conduire à leur perte.

Loin de tout prêchi-prêcha poussif, L’Ami, François d'Assise et ses frères est un film beaucoup plus politique que religieux, s’interrogeant sur le choix que chaque être humain doit faire face à la tyrannie, à la suprématie des entités malsaines qui cherchent à le soumettre, coûte que coûte, en lui faisant miroiter un bonheur totalement chimérique auquel il n’aura forcément jamais droit.

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