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Baccalauréat

 
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Quatre ans après Au-delà des collines, le réalisateur roumain, détenteur de la Palme d’Or 2007 avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, revient avec une critique sociale de la Roumanie actuelle à travers cette fable d’un bon père de famille qui, dans l’impasse, se voit entraîné dans les rouages de la corruption.

La vie de la famille Aldea est sur le point d’être bouleversée par le départ de la fille unique, Eliza, qui a obtenu une bourse pour étudier au Royaume-Uni. Pour cela, Eliza doit exceller à son baccalauréat, résultat qui ne fait aucun doute au vu de ses résultats scolaires généraux. Mais l’agression d’Eliza, la veille des premières épreuves, va tout remettre en question. Choquée psychologiquement, Eliza a du mal à se concentrer sur ses examens et les notes nécessaires pour être admise à Cambridge risquent de ne pas être atteintes. Roméo, le père d’Eliza, médecin à l’hôpital de la petite ville, ne veut rien savoir du potentiel « échec » de sa fille. La série de mesures qu’il prend alors passe par des échanges de services qui vont à l’encontre de ses propres valeurs et de celles transmises à sa fille.

Roméo, le héros de Baccalauréat, est un homme honnête qui a toujours évité le trafic d’influences qui sévit particulièrement dans son pays, la Roumanie. Sa femme et lui ont un regard désabusé sur la société roumaine ; depuis leur retour au pays après la révolution, leur désillusion est telle qu’ils n’envisagent pas leur fille y construire sa vie. L’avenir fantasmé par les adultes (qui semblent vouloir se racheter à travers la réussite de leur fille), n’est pourtant pas si évident pour Eliza qui envisage ces prochaines années avec plus d’insouciance. La vision des uns se heurte aux frustrations des autres, mettant en évidence le fossé générationnel, thématique centrale du film. Alors que leur couple est mort (l’état fantomatique de l’épouse le résume bien), Roméo s’empêtre peu à peu dans ses secrets et autres combines qui lui pèsent de plus en plus.  Le cadre serré le suit constamment sans lui laisser le moindre espace pour évacuer cette angoisse – à l'exception d'un coin de forêt où il laisse échapper ses sanglots – ou une échappatoire autre que les magouilles dans lesquels il s’enfonce. La tension s’accumule jusqu’à transparaître dans des petits actes de violence, incidents étranges qui se répètent – un carreau brisé, un essuie-glace cassé. Et c’est le poids de la culpabilité et cette peur au ventre, peur de faire voler en éclat sa famille, que Roméo cherche finalement à libérer. Un film qui, en dépit de quelques longueurs, sonne juste par son portrait d’une Roumanie meurtrie et qui, contre toute attente, poursuit une vision optimiste d’un futur entre les mains de la jeunesse.

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