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Tanna

 
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L’une des îles du Vanuatu nommée Tanna, dans le Pacifique, héberge des tribus qui depuis toujours, respectent les rites ancestraux. Dans la tribu des Yakel, où les aborigènes vivent en harmonie avec la forêt qui les entoure, l’amour entre deux de ses jeunes va bouleverser l’accord de paix visé avec le clan voisin.

Wawa, petite-fille du chaman et Dain, fils du chef de tribu, s’aiment en cachette. La jeune fille est maintenant considérée comme une femme et le rite initiatique qui concrétisera ce passage important, approche à grands pas. Mais le jour où, sur le volcan sacré, le chaman est agressé par des hommes de la tribu ennemie (les Imedin), s'éveillent des désirs de vengeance; la guerre est près d’éclater. Cependant, des négociations de paix, menées par une troisième tribu improvisée médiatrice, se font sous les regards des quatre tribus qui se partagent la forêt de Tanna. L’accord de paix conclu prévoit que Wawa, tradition oblige, se marie au fils du chef des Imedin afin d’attiser le feu entre les deux clans. Mais Dain et Wawa ne l’entendent pas ainsi et prennent la fuite.

Au cœur de ce conte merveilleux, qui rappelle sans détour l’amour interdit d’un Roméo et Juliette, les aborigènes de Tanna jouent leurs « propres rôles ». En effet, dans ces décors d’une beauté époustouflante, magnifiés par une photographie et une musique envoûtantes, cette histoire vraie qui bouscula la vie des habitants de l’île est jouée par la tribu Yakel elle-même. Et les acteurs sont magnifiques, en premier lieu Marceline Rofit qui joue la jeune sœur de Wawa, une petite fille très curieuse qui joue le guide dans cette histoire. Son rôle est central, tout comme celui du volcan Yasur, dont les fragments de lave voltigeant dans l’air et le sol grondant produisent un effet merveilleux que les aborigènes aiment à considérer comme mystique. Ainsi, le réel se mêle à la fiction, à cette histoire d’amour contrarié aux allures parfois de documentaire. Bien sûr, on peut se demander dans quelle mesure la fascination de l’occidental venu filmer ces aborigènes, et les belles images exotiques qu’il nous offre, ont un effet racoleur auprès du public. Il s’agit avant tout d’une belle histoire d’amour qui met au premier plan un peuple oublié, qui a su garder ses croyances et résister au colonialisme. Et cela suffit à rendre cette fable tout aussi divertissante qu’enrichissante puisqu’elle lève le voile sur un peuple qui, par leur mode d’existence à l’extrême inverse de nos vies bien rangées, est capable de nous apprendre énormément sur le vivre ensemble, en dépit des rivalités et des désirs égoïstes des uns et des autres. 

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