Critique

Passengers

 
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Quatrième gros film de science-fiction en un mois (le Père-Noël qui fournit la majorité des salles de cinéma du monde entier n’est pas très original en cette fin d’année), Passengers surpasse ses prédécesseurs grâce à son universalité et à sa réflexion pertinente sur le hasard qui, quoi qu’en disent certains gourous très mal inspirés et en manque de notoriété, existe bel et bien. Donc, après les élucubrations intello-spatio-temporelles” peu convaincantes de Arrival, le bruit et la fureur “futuristo-martiaux” de Rogue One et la violence-spectacle d'Assassin's Creed, le nouveau film de Morten Tydlum, réalisateur du mémorable The Imitation Game, nous plonge dans un huis-clos implacable, à l’intérieur d’un vaisseau présomptueusement baptisé Avalon par ses créateurs. A son bord, plus de cinq mille personnes dorment tranquillement avant leur arrivée sur une nouvelle planète à coloniser portant le nom de Homestead Colony, prévue dans cent-vingt ans. Mais Jim Preston (Chris Pratt), modeste mécanicien de son état qui a dû prendre un des tickets les moins chers pour ce voyage sans retour, est réveillé avant l’heure. Très vite, il constate qu’il est le seul humain debout dans cette immense navire flottant dans le cosmos et qu’il lui reste encore nonante ans avant de parvenir à destination: la tuile supersonique en quelque sorte car, à moins d’un miracle, il va mourir sur Avalon, alors qu’il avait payé pour refaire sa vie en pleine forme et dans la force de l’âge sur une nouvelle planète. Il passe par toutes les phases qui le balancent entre l’euphorie de pouvoir profiter seul de son palace volant et la dépression de n’avoir pour seuls compagnons qu’un barman humanoïde, Arthur (impeccable Michael Sheen), tout droit sorti du Shining de Stanley Kubrick en ce qui concerne le haut de son corps et son costume, et une batterie d’ordinateurs peu sympathiques lui interdisant beaucoup de choses, sous prétexte qu’il n’a pas payé le prix fort.

Vous ne saurez rien sur le personnage incarné par Jennifer Lawrence, car un paragraphe de couleur rouge dans l’invitation à la séance de presse émise par Disney, distributeur du film, enjoint les journalistes, que la firme pense être soit leurs publicitaires gratuits, soit leurs larbins malléables à merci, de ne rien révéler qui pourrait gâcher le plaisir des futurs spectateurs. Pour ces gens-là, dépourvus de toute sensibilité artistique, les critiques ne devraient servir qu’à pondre des mots dithyrambiques sur leurs produits afin de pouvoir les utiliser comme slogans publicitaires sur les jaquettes des futurs DVDs ou sur les annonces qu’ils paient un prix indécent pour figurer dans les grands médias qui ne font que jouer leur jeu malsain et purement commercial. Sachez juste que dans la phrase dite par Chris Pratt à la fin de la bande-annonce: «On ne s’est pas réveillé par hasard», le «on» est mensonger. On va donc s’intéresser à ce que veulent les vendeurs de films d’aujourd’hui: l’emballage qui n’est là que pour apprivoiser le badaud et non à son contenu, ce qui est bien dommage.

L’Avalon bénéficie donc d’un sublime design autant extérieur qu’intérieur bien que très froid. Thomas Newman compose une musique qui rappelle à la fois son style très reconnaissable et lorgne vers une couleur électro-futuriste en parfaite adéquation avec les situations et le peu de personnages de l’oeuvre. Rodrigo Pietro, nouveau chef-opérateur de Martin Scorsese (The Wolf of Wall Street, le pilote de Vinyl et très bientôt Silence), signe un travail parfaitement remarquable qui immerge le spectateur au coeur du film. Le montage est l’oeuvre de Maryann Brandon, une spécialiste du genre qui a travaillé sur Star Wars VII, Star Trek ou Star Trek Into Darkness.

On aurait aimé en dire plus sur les rapports humains très importants dans ce long-métrage qui mériterait de ne pas juste être résumé à sa plastique irréprochable, et surtout sur l’intelligence peu commune dans le monde de la science-fiction d’aujourd’hui qui se complait essentiellement dans un esthétisme grandiloquent et immature, d’un scénario qui laissent plus à réfléchir qu’à bêtement ressentir. Mais le gentil Mickey ne le préfère pas. Donc, si vous voulez savoir pourquoi Passengers est un bon film, et c’est le cas, vous savez ce qu’il vous reste à faire. La souris aux grandes oreilles, VRP par excellence, vous en sera infiniment reconnaissante.

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