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Premier contact

 
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CONTRE

Comme il est très à la mode de tout catégoriser, on pourrait inclure le nouveau film de Denis Villeneuve dans un genre de science-fiction existentielle à la philosophie cul-cul la praline, tendance paranormale, comme Contact de Robert Zemeckis, ou Inception et Interstellar de Christopher Nolan, pour n’en citer que trois.

Attention, la suite de la lecture de ce texte risque de spolier le (dé)plaisir de ceux qui n’ont pas encore vu le film. On leur conseillera d’y revenir quand ce sera fait.

Le tout commence par une séquence qui marche très maladroitement sur les traces de Terrence Malick avec caméra en apesanteur et voix-off déblatérant la pensée intime de l’héroïne de l’histoire, pour nous faire comprendre que cette dernière a eu une fille trop vite emportée par une maladie non définie. Cette femme meurtrie par ce deuil terrible et vivant seule s’appelle Louise Banks (Amy Adams) et est un éminente professeur de linguistique. Un jour, elle est sollicitée par l’armée américaine qui a besoin de ses lumières pour comprendre un phénomène impliquant toute la planète: douze vaisseaux spatiaux, ressemblant à d’immenses quartiers de mandarine noirs, sont apparus à divers endroit de la terre, dont un au Etats-Unis, forcément. Les locataires de ces engins invitent les humains à prendre contact en leur ouvrant une porte. Louise et un scientifique, Ian Donnelly (Jeremy Renner), ont pour mission de déchiffrer le langage de ces visiteurs particuliers afin de comprendre ce qu’ils peuvent bien faire ici et ce qu’ils veulent. Et ce n’est pas chose aisée, car les deux ambassadeurs extraterrestres s’expriment bizarrement par des sons indéchiffrables, à travers une vitre, ce qui empêche tout contact proprement physique. A cause de leur ressemblance à de gros mollusques pourvus de sept tentacules (bonjour l’originalité du visuel), ces derniers sont vite baptisés heptapodes. Voyant que le langage oral ne donne rien, Louise décide de passer à l’écrit. Et là, les heptapodes réagissent à ses pancartes en dessinant dans l’air à l’aide d’une fumée noire des formes circulaires: symbolisme de la boucle sans fin qui justifiera le naufrage complet du scénario par la suite. Petit à petit, Louise parvient à se faire comprendre en déchiffrant ces hiéroglyphes, mais le chemin est long pour parvenir à la raison de leur présence sur Terre.

Jusqu’ici, Premier Contact est encore assez convaincant, mais les choses se gâtent très vite. Louise s’avère être médium (comme c’est pratique), pouvant communiquer avec sa fille défunte de l’introduction et voir l’avenir. Dès lors, on sombre dans le très grand n’importe quoi. On nous fait comprendre que la fille de Louise n’est pas encore née puisqu’elle sera conçue avec Ian après le départ des heptapodes. Elle sait aussi que la pauvre va mourir jeune et que c’est en le dévoilant à Ian que ce dernier la quittera, ce qui nous vaut un moment de ridicule olympien quand elle déclare à son futur compagnon, alors qu’ils ne se sont encore même pas touchés: «Je sais pourquoi mon mari (donc lui qui ne se doute encore de rien) m’a quitté.»

Et les extraterrestres dans tout ça? Oh c’est simple, leur présence avait pour but de réconcilier les hommes entre eux. À un moment donné, l’armée chinoise décide de se débarrasser du vaisseau qui se trouve sur leur territoire en usant de la force. Ils sont suivis par les Russes évidemment. Et le salut viendra des Etats-Unis par le truchement de Louise qui parviendra à trouver le numéro de téléphone du Général chinois pour le convaincre dans sa langue que les heptapodes n’ont rien de belliqueux et qu’il y a eu un vice de langage où le mot arme s’est confondu avec outil.

On sort donc de cette chose, dont seules la plastique et la musique sont à sauver malgré elles, atéré par tant de nunucherie proche des pires bondieuseries, la religion étant remplacée par une philosophie de bas étage, s’appuyant sur le tellement vendeur larmoiement qui exclut toute réflexion intelligente, au profit d’un sentimentalisme mercantile. On en rirait si tout cela n’était pas aussi sérieusement convaincu de son message de bienséance et de paix entre les peuples à deux balles.

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