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Primaire

 
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Hélène Angel signe une oeuvre sociale ancrée dans la réalité avec une très grande justesse de ton. Primaire pénètre dans l’univers en mouvement constant de l’école publique par le truchement d’une fiction sensible, pleine de joies et de tristesses, grâce à une dramaturgie sobre et efficace, et une direction d’acteurs sans faille qui met sur le même pieds d’égalité les jeunes comédiens et les acteurs confirmés.

Professeur des écoles, Florence (Sara Forestier), est ce que l’on appelle une pure. Elle fait son métier par vocation et pour le bien être de ses élèves. Le cas du jeune Sacha va même la pousser si loin dans son sacerdoce qu’elle en oubliera presque son statut de mère, de femme et remettra littéralement en cause la foi qu’elle a pour sa profession. Laissé seul à la maison avec de l’argent pour se sustenter par sa mère partie travailler dans une station éloignée, Sacha risque de se retrouver en institution. Refusant cet état de fait purement administratif, Florence l’héberge chez elle, car la seule personne proche de Sacha est un ex de sa mère, livreur dans une situation financière précaire et sans lien familial avec l’enfant.

Hélène Angel dont on se souvient du très bon Peau d’homme coeur de bête (Leopard d’Or et prix d’Interprétation Masculine pour Serge Riaboukine au Festival de Locarno en 1999), nous plonge dans le monde scolaire en abordant autant le point de vue professoral que celui des élèves. Comme la vie et sans touche nostalgique convenue, son film aligne avec finesse rires, pleurs, joies, tristesses, colères, grâce à des situations hétéroclites, loin des clichés qui peuvent parfois coller aux oeuvres se déroulant dans le milieu scolaire. Primaire possède un charme indéfinissable auquel on ne peut qu’adhérer tellement il déborde de sympathie, d’intelligence et de justesse.

Dans le rôle de Florence, Sara Forestier crève l’écran par sa gouaille et son énergie sans ne jamais faire de son personnage une égérie modèle, mais juste une femme vraie, avec ses qualités et ses défauts. Vincent Elbaz signe ici une de ses meilleures prestations en interprétant un être fragile sous des dehors de joyeux drille, ayant choisi de prendre le bon côté de toutes choses face à l’adversité et aux aléas que la vie peut parfois réserver. Et il serait injuste de ne pas mentionner l’ensemble des jeunes comédiens qui les entourent avec une attention particulière pour les deux garçons qui incarnent Sacha et le fils de Florence.

Hélène Angel est une directrice d’acteurs remarquable qui sait obtenir le meilleur de son casting avec une simplicité d’un naturel si confondant que cela transpire de l’écran à chaque instant. Avec ce long métrage, elle prouve avec brio que l’on peut faire d’un sujet à priori peu excitant, une pépite réjouissante à côté de laquelle il serait fort dommage de passer.

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