Critique

La Fille de Brest

 
Critique par |

Après La Tête haute, Emmanuel Bercot signe un nouveau film social très fort et un magnifique portrait de résistante, en se basant sur le combat d’Irène Frachon et son livre Mediator 150 mg: combien de morts? On suit donc le parcours de ce médecin pneumologue qui s’inquiétait de l’état de santé de certaines de ses patientes atteintes de valvulopathies et à qui l’on prescrivait du Mediator, médicament des laboratoires Servier, utilisé contre l’obésité. Elle commence par convaincre une petite équipe de son hôpital de Brest à mener une étude épidémiologique. Puis, avec les résultats de son enquête elle affrontera les responsables commerciaux de la fabrication du Mediator dans une série de réunions et de procès, sans ne jamais lâcher prise.

À l’heure ou les médias, surtout électroniques, laissent la parole à des débiles mentaux suprématistes et à leurs suiveurs encore plus décérébrés qui prônent ouvertement l’élimination des faibles car, selon ces fascistes, on ne construit pas une civilisation avec des êtres qu’ils jugent inférieurs, sous l’excuse de la liberté d’expression, ce film tombe à point pour secouer la masse endormie et est une sublime ode à la persévérance et à un combat juste. On balaiera donc d’un revers de mains vigoureux toutes les critiques de pisse-vinaigre qui voient dans La Fille de Brest une oeuvre gauchisante et autres adjectifs peut inspirés, fond de commerce des tièdes qui laissent grande ouverte la voie aux fascistes cités plus haut, par leur passivité inexcusable.

Oui, Irène Frachon est incarnée par une actrice danoise, la toujours impeccable Sidse Babett Knudsen, est devient dès lors une femme à l’accent de son pays qui s’exprime dans sa langue natale quand elle s’énerve, et elle en a maintes fois l’occasion. Cela n’enlève rien à la force du propos du film, même si c’est une entorse à la véracité historique de l’affaire. Nous sommes dans une oeuvre d’art et ce genre de critiques faciles deviennent purement et simplement gratuites, voire un aveu d’incompétence, ce qui est de plus en plus répandu dans le milieu très fermé de celles et ceux qui se réclament gardiens de la culture, surtout populaire.

Bref, on ne juge pas un film tel que celui-là sur le choix d’une comédienne et l’aménagement de son personnage dû à ses origines, mais à ce qu’il véhicule. Et là, y trouver des défauts, révèle soit de l’asservissement le plus aveugle à l’industrie pharmaceutique, soit du déni complet de la souffrance des victimes et tombe automatiquement dans l’erreur, puisque le médicament incriminé a été jugé et condamné à disparaître. Emmanuel Bercot montre la lutte d’Irène Frachon pour que justice soit faite et illustre combien ce genre de combat peut devenir obsessionnel à cause de la mauvaise foi dont font preuve les responsables qui se croient trop souvent au-dessus des lois et de l’humanité, sous prétexte qu’ils font soi-disant vivre la déesse économie devenue la religion de nos société occidentale et donc l’opium du peuple. Les scènes où elle est en famille sont l’un des nombreux points fort du long métrage, car elles mettent judicieusement le doigt à la fois sur les tensions qu’elle traverse et la solidarité dont elle fait preuve. De plus La Fille de Brest est traité comme une enquête et une course palpitante, ce qui le rend efficace en plus d’être utile.

Donc pour résumer, ce genre de films qui dénonce l’injustice sans avoir recours au manichéisme ou au pathos, est indispensable dans une ère dite de communication où tout et n’importe quoi circule sans garde-fous, et le critiquer sans argument relève de la vanité et de la vacuité les plus profondes.

En savoir plus sur Remy Dewarrat

CONCOURS 4 X 2 invitations à gagner pour "Visages d'enfants" au City-Club à Pully

Participer