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Les Animaux fantastiques

 
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CONTRE

Le titre du nouveau film tiré de l’univers de J.K. Rowling est tronqué dans sa version française. Sa traduction littérale complète donne Les Animaux fantastique et où les trouver. La réponse tombe très rapidement: on les trouve dans la valise de Newt Scalmander (Norbert Dragonneau en VF), un jeune sorcier anglais qui débarque à New-York en 1926. Cet ancien élève de l’école Poudlard espère acheter une bête très rare dans une ville victime d’un mal destructeur, alors même que le redoutable Gellert Grindelwald a disparu après avoir semé le chaos en Europe. Cette situation envenime les relations entre le monde des sorciers et des Non-Maj’, version US des Moldus européens.

Il vaut mieux être familier des aventures d’Harry Potter pour pouvoir se fondre dans ce que les pontes du marketing hollywoodiens et leurs promoteurs dévoués nomment un spin off. Cette expression financière d’origine anglo-saxonne que l’on pourrait traduire par «retombées» désigne une stratégie de valorisation des actifs d’une entreprise. Le spin off consiste à créer une nouvelle société totalement indépendante à partir d'une branche d'activité existant préalablement au sein d'un groupe. L'intérêt du spin off est de mettre en lumière la bonne santé financière de certaines sociétés qui auraient pu être éclipsées en tant que branche d'activité d'un groupe moribond. Donc, ici, si l’on considère que la saga Harry Potter est une entreprise, sa créatrice la juge moribonde (à savoir qu’elle ne rapporte plus autant qu’avant) et Les Animaux fantastiques, qui reprend le même univers avec de nouveaux personnages doit la rebooster. On est face à une pure opération commerciale et financière qui a pour but de faire repasser à la caisse les fanatiques de la première heure. Reste-t-il alors de la place à l’imagination et la créativité? Très peu et on reprend les mêmes recettes que l’on tire en longueur, en annonçant, avant même la sortie du film, qu’il sera le premier volet d’une série de cinq épisodes.

Dans ce sens Les Animaux fantastiques remplit sa mission en étalant sans finesse un discours niais sur l’acceptation de la différence, avec comme point d’orgue un clin d’oeil pachydermique à la défense des animaux qui prend de plus en plus souvent des allures d’indécence totale sur les réseaux sociaux et dans les médias où l’on s’offusque du sort de charmantes petites bêtes innocentes en pleurnichant comme des madeleines, alors que les réfugiés qui fuient la plus grande misère sont considérés comme un problème, un mal. On peut même aller plus loin dans cette comparaison. Pourquoi brosse-t-on dans le sens du poil l’industrie du spectacle qui, à travers ses studios, n’a pour but que de divertir (ce qui signifie détourner dans son sens étymologique) alors que l’on tire à boulets rouges, à juste titre, sur l’industrie agro-alimentaire et ses grands groupes, en utilisant l’arme de l’exploitation naturelle et animale? Pourtant, les deux enrichissent une minorité et sont nocives, l’une pour la santé mentale et l’autre pour la santé physique. C’est peut-être parce que les oeuvres, et les films plus particulièrement, ne sont plus considérés comme des créations mais comme des marques. N’entend-ton pas de plus en plus régulièrement des phrases comme: «Le dernier Disney, la Fox met en chantier, etc»? On ne mentionne même plus les auteurs comme étant à l’origine des projets. On se contente de les résumer à leurs employeurs qui seront les principaux bénéficiaires du fruits de leur travail.

Et bien sûr, Les Animaux fantastiques se vautrent dans la sacro-sainte émotion artificielle qui est devenue à elle seule gage de qualité, en clouant au pilori ceux qui refusent d’adhérer à ce leurre factice, sans autre forme de procès. C’est toute la différence entre les fanatiques qui ne trouvent jamais un raisonnement digne de ce nom pour justifier leur emprise et les admirateurs qui savent encore argumenter leur engouement pour tel artiste ou telle oeuvre. Le film de David Yates rentre dans cette pathétique vision du monde qui consiste à enlever à la masse toute forme d’esprit critique et se noie dans une bouillie scénaristique indigeste que l’on défie à quiconque de résumer de manière claire et compréhensible. Il ne reste de ce produit qu’un bestiaire sympathique et c’est bien peu pour convaincre vraiment.

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