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Réparer les vivants

 
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Après Un poison violent et Suzanne, Katell Quillévéré enrichit sa filmographie d’une troisième merveille qui s’intéresse à la problématique du don d’organes et à ses conséquences. On lira ou entendra, à tord encore une fois, que Réparer les vivants est une bombe émotionnelle, ce qui est devenu une manie, dans le sens pathologique du terme, d’une certaine presse officielle consensuelle et de ses copieurs (on dit suiveurs maintenant) impersonnels où la qualité des oeuvres d’art ne sont bientôt plus jugées qu’au “lacrimomètre” par une clique de pleureuses et de pleureurs qui ne se rendent même plus compte de leur indécence à étaler leur avis personnel dont tout le monde se fiche éperdument. Le rôle d’un critique n’est pas de juger un objet artistique en se référant à son vécu et en alignant les «moi je» (ça c’est au spectateur de le faire, ça procède de l’intime), mais d’étudier l’oeuvre en tant que telle et d’en faire ressortir sa propre personnalité. Quand on critique, on se doit de laisser de côté ses émotions, qui sont les pires conseillères, et s’attarder sur ce que l’oeuvre étudiée recèle. C’est peu être froid, mais c’est au moins impartial.

Réparer les vivant donc est un film parfait pour s’atteler à cet exercice. Il s’ouvre sur une scène magnifique dans laquelle trois amis s’adonne à leur passion du surf que la réalisatrice étire grâce à des ralentis judicieux, histoire de faire durer le plaisir dans une sorte d’apesanteur de bien être, de bonheur que l’on aimerait éternel. Mais le film n’est pas là, fort heureusement, pour faire l’apologie du positivisme béat et, sur le chemin du retour, la route se fonde lentement à l’étendue de la mer encore dans l’esprit des occupants de la voiture, afin d’évoquer l’accident fatal qui intervient comme un couperet. Simon sort de ce drame dans un état de mort cérébrale et son existence dépend désormais uniquement de machines. C’est cette situation tragique qui va dès lors offrir au long métrage l’opportunité de s’attarder sur ses conséquences à travers une galeries de personnages impliqués dans le drame, en commençant par les parents de la victime, impeccablement incarnés par Emmanuelle Seigner et Kool Shen. Doivent-ils débrancher leur fils? Si oui, sont-ils prêts à ce que ses organes soient donnés?

La réflexion des parents de Simon dont le père commence par refuser en bloc que son fils se voit confisqué une partie de son corps, est coupée par un très beau flash-back illustrant les amours naissantes de Simon avant son accident fatal. C’est là qu’intervient le personnage du toujours excellent Tahar Rahim qui donne le choix à ces parents dans la détresse, sans chercher à les influencer. Tout le film repose sur cette question du choix et n’est aucunement, comme on a pu le l’entendre, une vulgaire publicité pour le don d’organes.

Par la suite, toujours dans ce même esprit de réflexion, Réparer les vivants se penche sur la personne qui pourrait recevoir un des organes de Simon. Il s’agit d’une musicienne de formation classique très fatiguée par sa maladie qui ne parvient plus à monter les escaliers sans assistance, mère de deux grands garçons. Loin de tout manichéisme lui aussi, ce personnage doute, entre fatalisme et lueur d’espoir de prolonger son existence de quelques années grâce au coeur d’un jeune, mort sur la route.

Katell Quillévéré abordent tous les aspects de cette problématique délicate autour du don d’organes que certains voudraient actuellement rendre obligatoire en insinuant sournoisement à ceux qui le refuseraient qu’ils ne sont que de vils égoïstes, jouant encore une fois sur l’émotionnel comme d’une arme électorale. Elle le fait intelligemment sans aucun parti pris et sans pathos, en évoquant aussi de manière frontale l’aspect purement technique et matériel d’une telle opération dans une séquence mémorable traité comme une course contre la montre. On la félicite d’ausculter tout le spectre de son sujet sans sombre dans l’émotionnel pathétique cher à nos sociétés qui ont tendance à perdre toute mesure et toute réflexion, faisant de son film un sublime ode au choix.

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