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Moi, Daniel Blake

 
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Après The Wind That Shakes the Barley (Le vent se lève), c’est la deuxième fois que le cinéaste britannique obtient la récompense suprême cannoise et c’est amplement mérité, grâce à cette nouvelle perle qui rue dans les brancards de la kafkaïenne et perfide administration qui broie les gens les plus faibles sans état d’âme.

Suite à une crise cardiaque, Daniel Blake (sublime David Johns), un ouvrier du bois, se retrouve dans une situation surréaliste. Ses médecins lui déconseillent vivement de reprendre une activité professionnel, alors que l’Etat lui refuse ses indemnités pour invalidité, même provisoire, et le force, sous peine de sanction, à chercher du travail afin d’obtenir le chômage.

A travers ce personnage intègre prêt à tout pour ne pas céder au chantage officiel de l’administration, Ken Loach démonte un à un les rouages d’une société malade qui, par son trop plein de capitalisme inhumain, cherche à se débarrasser sournoisement de ceux qu’elle a poussés à la misère et qu’elle juge peu viables, économiquement parlant. Poussée à un tel niveau, l’absurdité procédurière devient une violence qui refuse de dire son nom et se cache derrière des règlement inapplicables quand on fait preuve d’un minimum de bon sens. C’est le sourire de façade perpétuel qui d’emblée paraît suspect, comme une sorte de politesse déplacée. Puis, on pousse ceux qui ne demandent qu’un peu d’aide pour survivre dans un dédale de procédures qui pourrait être risible s’il n’était pas aussi vicieux, et c’est brillamment illustré dans la scène où Daniel Blake est obligé de passer par internet pour remplir un formulaire qu’on lui refuse sous forme physique, sous prétexte que tout doit se faire désormais par informatique. Daniel Blake se bat et c’est exactement ce qui peut faire peur à cette pieuvre administrative qui ne réfléchit jamais et n’est qu’un outil exécutif. A ce stade, on peut allègrement parler de dictature administrative qui broie les plus faibles en les poussant indubitablement vers la porte de sortie. C’est plus aisé et plus lâche que de directement éliminer les éléments jugés indésirables voire nuisibles. S’il n’est pas sanguinaire, ce monstre voué au dieu économie n’en reste pas moins mortifère.

Un jour, il prend la défense de Katie (Magnifique Hailey Squires), une mère célibataire avec deux enfants. Et c’est cette solidarité entre les opprimés qui essaient de survivre qui sert à Loach d’arme contre l’Etat oppressif. En s’entraidant, les hommes et femmes qui ne demandent rien de plus que le minimum pour vivre, trouvent le réconfort que les bureaux administratifs leur refusent systématiquement pour de fausses raisons, injustifiées la plupart de temps. Pas étonnant qu’une grande partie craque et finit par se laisser digérer par cet ogre des temps modernes qu’est le culte irréfléchi à l’économie sanctifiée au rang de déesse.

On ne le devrait pas, mais on reproche son manichéisme à Ken Loach, prétextant qu’il dépeint l’Etat en noir et le petit peuple en blanc. Cet argument n’a aucun poids quand on connaît personnellement ce qu’il décrit en parfaite connaissance de cause. Le cinéma de Loach et social et politique et ne peut pas, par définition, être neutre. I, Daniel Blake en est une nouvelle fois la preuve la plus implacable.

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