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L'Odyssée

 
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Un des plus gros budgets cinématographiques français de l’année a été alloué à une fiction qui retrace l’incroyable destin du Commandant Cousteau et de son équipe, vedettes de l’aventure océanographique qui fit les beaux jours de la télévision pendant plusieurs décennies. Fasciné par ses expéditions incroyables depuis son enfance, Jérôme Salle a mis près de dix ans à se documenter, à compiler toutes les informations  à sa disposition et à rencontrer les différents membres de la famille et de l’équipage. Il en tire un très beau film qui traite autant des péripéties de La Calypso que de l’intimité d’une dynastie loin d’être en parfaite harmonie.

L’Odyssée n’est pas une biographie à la gloire du Commandant au bonnet rouge, mais s’attarde pertinemment sur ce personnages ambivalent que certains portaient aux nues, tandis que d’autres roulaient dans la boue. Cette opposition entre l’amour et la haine et au coeur du long métrage de Jérôme Salle qui ne se gêne pas de mettre le doigt sur les aspects les plus sombres de Jacques-Yves Cousteau. On y voit les conflits familiaux, l’abnégation de la première femme du Commandant, Simone, mère de Philippe et Jean-Michel que le capitaine de La Calypso trompait, et les conflits d’intérêt entre la curiosité scientifique et l’aspect purement financier d’une telle entreprise. Comme le titre du film qui valut à Cousteau et Louis Malle la Palme d’Or en 1956 et l’Oscar du Meilleur Documentaire en 1957, L’Odyssée nous plonge dans Le Monde du Silence, autant de manière frontale et physique des profondeurs de l’océan que de façon plus sous-jacente des nombreux non-dits et conflits larvaires qui émaillèrent la vie du Commandant. Très judicieusement d’ailleurs l’oeuvre de Jérôme Salle s’ouvre sur la mort de Philippe lors d’un accident d’amerrissage en hydravion, vécu comme un cauchemar par son père qui se réveille traumatisé.

Il fallait un casting hors paire pour donner vie à tout ce petit monde. En réunissant Audrey Tautou parfaite en femme bafouée mais intègre, Pierre Niney impeccable dans le rôle du fils Philippe qui entrait souvent en conflits avec son père pour des raisons idéologiques et Lambert Wilson bluffant dans le costume du Commandant oscillant entre une naïveté quasi enfantine et une prétention disproportionnée, le réalisateur gagne un pari qui n’était pas acquis d’office.

Si l’on rajoute à tout cela une musique magnifique et inspirée d’Alexandre Desplat et une photographie de toute beauté signée par Matias Boucard, on se retrouve face à un de ces films mémorables devenant de plus en plus rares qui ont le don de nous faire voyager dans des décors sublimes tout en nous interrogeant sur notre rapport très souvent ambigu avec la nature. Le dernier dialogue que l’on entend dans la bande-annonce de L’Odyssée résume parfaitement cette réussite incontestable

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Philippe Cousteau: «Mais il est encore temps!»

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