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Miss Peregrine et les enfants particuliers

 
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CONTRE

Un livre qui est devenu un best seller est-il d’office une réussite artistique et doit-il par conséquent forcément donné un bon film? Non, ce serait même tout le contraire et on devrait se méfier de cette tendance de plus en plus détestable dans les milieux artistiques d’affirmer qu’un succès public et commercial place directement une oeuvre dans la catégorie des réussites. Tim Burton est tombé dans le piège à pieds joints pour son dernier long métrage alors que son précédent, l’incompris Big Eyes, faisait partie des meilleurs de sa riche filmographie.

Evidemment, Miss Peregrin et les enfants particuliers est un film plastiquement irréprochable, bénéficiant du talent d’une brochette de bons comédiens et de très bons effets visuels, même s’ils sont trop présents et qu’aucun plan n’en semble exempt. Mais la sauce ne prend jamais et le récit s’enlise dans une suite d’incohérences proches de l’amateurisme, partant du principe paresseux que la fantaisie permet tout et n’a aucun besoin de suivre une logiques ou des règles. Cette très grave erreur aboutit à un scénario inepte qui mélange tout et n’importe quoi en forçant sur un symbolisme outrancier, une nostalgie déplacée, une histoire familiale larmoyante et cette sempiternelle et sirupeuse émotion qui voudrait que les plus influençables pleurent systématiquement en voyant les héros de l’écran verser une larme.

Il faut beaucoup plus que cela pour impliquer les spectateurs et ce long métrage poussif ne dépasse jamais le stade du divertissement codifié selon les canons actuellement en vogue dans l’industrie cinématographique des grands studios ou des plus petits qui pensent à tort qu’il faut suivre les mêmes tendances pour être concurrentiels, comme s’il s’agissait de répondre à un cahier des charges imposé pour des raisons injustifiées, artistiquement parlant. Même si faire un film coûte énormément d’argent, ce n’est pas une raison pour baisser les armes et se vendre au marché ou à l’approbation de la masse qui se trompe très souvent malgré son influence, ne se basant que sur la quantité en oubliant allègrement la qualité.

Là ou le dernier long métrage du père d’Edward aux mains d’argent (et sans doute le best seller qui en est à l’origine) se fourvoie fatalement, c’est dans l’évocation des méchants de l’histoire qui n’ont aucune prestance et aucun argument valables en leur faveur. Ils débarquent dans une séquence explicative rébarbative au possible, afin de redonner artificiellement un peu d’intérêt à un récit aussi peu inspiré qu’inspirant. Et là encore, c’est l’effet inverse qui se produit et on passe le reste de ce film à se demander le pourquoi du comment de leur intérêt et on sort définitivement de cette histoire à la limite de la pire des niaiseries, subissant le reste de la projection comme un mauvais rêve dont on aimerait s’évader au plus vite.

Tim Burton a prouvé mainte fois par le passé qu’il était un auteur à la fantaisie originale pour ne pas se mettre au service d’une histoire aussi peu captivante et sans réel intérêt. Et c’est fort dommage qu’il ait cette fois fait un si mauvais choix.

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