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Juste La Fin Du monde

 
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Après le choc Mommy, Xavier Dolan confirme avec Juste la Fin du Monde qu'il est bel et bien l'un des plus grands metteurs en scène en activité, à seulement 27 ans et déjà 6 longs-métrages à son actif. Assurément un prodige. Son nouveau-né, adaptation de la pièce éponyme de Jean-Luc Lagarce, asseoit définitivement l'hallucinante maîtrise formelle de Dolan en même temps que son talent d'écriture. Quasi huis-clos (on sortira de l'enceinte de la maison familiale à quelques reprises, un moyen d'insuffler une respiration au récit), Juste la Fin du Monde raconte l'histoire de Louis, auteur de théâtre à succès, venu retrouver les membres de sa famille au bout de 12 ans pour leur annoncer sa mort prochaine. Au menu des retrouvailles: rancoeurs, amour, désamour, incompréhensions, absence, et bien plus encore.

Le parti-pris de Dolan de ne filmer ses personnages (quasiment) qu'en gros plan a fait couler beaucoup d'encre. Alors que rien n'est plus logique, chacun d'entre eux restant constamment isolé des autres. La mise en scène n'est finalement qu'au diapason de l'état psychologique des protagonistes. Mais loin de provoquer chez le spectateur une sensation d'étouffement ou de claustrophobie, le réalisateur parvient au contraire à rendre purement cinématographique une histoire dont on pouvait craindre le syndrome du "théâtre filmé". Car Xavier Dolan propose des plans d'une beauté totale (le flash-back dans la chambre du personnage incarné par Gaspard Ulliel, le long champ/contre-champ muet avec sa belle soeur incarné par Marion Cotillard), des séquences de tension hallucinante (la scène finale dans la cuisine) et des moments d'une finesse et d'une délicatesse déchirantes (les non-dits Ulliel/Cotillard).

Les acteurs justement, parlons-en. Vincent Cassel, volcan prêt à exploser à tout instant, parvient à construire un personnage bien plus fin et complexe qu'il n'y paraît. Nathalie Baye, fausse idiote, excelle à construire une mère qui tente tant bien que mal de sauver ce qui peut encore l'être. Marion Cotillard qui prouve que bien dirigée, elle sait se hisser au niveau des plus grandes. Léa Seydoux, au jeu habituellement plat et inexpressif, parvient à créer des aspérités de jeu étonnantes. Et Gaspard Ulliel, enfin, d'une fragilité à fleur de peau, cerf-volant dans la tempête, trouve ici l'un de ses meilleurs rôles.

Alors certes, on pourra reprocher au film 2-3 baisses de régime. Mais sa tension, sa beauté formelle, son émotion bouleversante et son propos final sur le sens de notre existence à tous (l'épisode final de l'oiseau en est une métaphore de génie), font assurément de Juste la Fin du Monde le meilleur film français sorti sur les écrans cette année. Rien de moins.

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