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Rara

 
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Rara, c’est le surnom de Sara, 13 ans, jeune fille qui vit dans la cité balnéaire de Vina del Mar, au Chili, avec sa petite sœur Catalina, sa mère Paula et la partenaire de celle-ci, Lia. À l’âge où l’on commence à se soucier des « qu’en dira-t-on », Rara découvre qu’il est préférable de rester prudente lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur sa situation familiale. Car, que ce soit à l’école ou avec son père Victor, Rara a souvent l’impression de marcher sur des œufs. Ce dernier ne cache en tout cas pas son inquiétude vis-à-vis de cette famille recomposée dont les mœurs ne peuvent être, selon lui, qu’inconfortables à assumer pour ses deux filles. Pourtant, ni Rara ni Catalina ne se sentent préoccupées par cette configuration encore perçue aujourd’hui comme « hors norme » dans la société chilienne. Pour Rara, sa vie s’écoule normalement, entre l’école, sa meilleure amie en qui elle aime se confier (tout en lui cachant certaines choses) et les garçons… Or, alors que son anniversaire approche à grands pas, un incident va chambouler ce fragile équilibre. Et les soucis vont déferler… Car son petit monde change bien vite !

La cinéaste chilienne Pepa San Martin s’inspire de l’histoire vraie d’une avocate divorcée partie vivre avec sa partenaire et ses filles et dont la bataille juridique qui s’ensuivit fit la une des journaux. Ce premier long métrage, gagnant du Grand Prix du Jury de la Génération Kplus au 66ème Festival de Berlin, traduit avec sensibilité la vision d’une jeune fille au seuil de l’adolescence, entourée d’adultes en conflit. En adoptant le point de vue de Rara, la réalisatrice réussit le pari d’éviter les pièges du sentimentalisme aux relents de film engagé. C’est le malaise de Rara et son état d’agitation, croissants à mesure que son quotidien se voit bouleversé par les conflits des adultes, qui rendent ce récit passionnant. Les détails de cette chronique familiale, constitués de micro-événements (un dessin de Catalina alarmant pour la direction de l’école) et les petites attitudes des unes et des autres, expriment la tension ambiante. Un chat errant, devenu l’objet d’attention de la cadette et un ingénieux vecteur de négociation, montre d’ailleurs les faiblesses et l’hypocrisie des uns et des autres. Sans nous montrer le fin mot de l’affaire, Pepa San Martin nous aura fait partager le point de vue des enfants dans une mise en scène toute en finesse et en intelligence.

 

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