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Elvis & Nixon

 
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Avant de parler de cette page d’anthologie de l’histoire des Etats-Unis, il faut annoncer d’emblée la difficulté que les producteurs du film ont rencontré à dénicher un imitateur d’Elvis. Nixon, avec ses bras ballants, ses épaules  rentrées, son allure d’épouvantail et ses expressions faciales sauvages, tout dans la dégaine du 37e président des Etats-Unis permettait facilement de le caricaturer, exercice jubilatoire auquel se livre sur grand écran Kevin Spacey qui semble avoir pris beaucoup de plaisir à endosser ce rôle. Avant lui rappelons que Nixon avait été joué par des sommités comme Anthony Hopkins dans Nixon, Frank Langella dans Frost / Nixon et John Cusack dans The Butler, acteurs qui avaient tous quelques marques quant au maniérisme ou aux traits physiques. Il ne faut pas oublier Bob Gunton, qui a apporté plus d'une touche de Nixon au rôle de Warden Norton dans The Shawshank Redemption avant de jouer en 1997 Elvis Meets Nixon, le précurseur du petit écran de cette folie cinématographique aux enjeux fragiles mais amusante et revigorante.

Dans les moments d'ouverture de ce drame - peut-on parler de biopic vu que cela concerne la rencontre mythique entre Nixon et Elvis ? -  Kevin Spacey  aboie pour donner corps au tyran typiquement grognon qu’était Nixon avec ses conseillers. Le film de Liza Johnson revient sur les événements étranges qui ont amené Elvis (Michael Shannon, pas toujours crédible mais le film prend le parti d’en rire dans une scène où un sosie d’Elvis lui fait remarquer que le vrai Elvis ne porterait pas une telle tenue) aux portes de la Maison Blanche en décembre 1970. Les deux icônes étaient de plus en plus paranoïaque face aux émeutes et revendications qui agitaient le pays. Le chanteur de variété comme le président étaient devenus étrangement hors de contact avec le monde moderne. Les deux avaient quelque chose à gagner de cette réunion mais Nixon y est réfractaire avant de céder devant l’insistance de sa vie. Elvis demande à être reçu afin d’obtenir le statut ainsi que le badge d'un agent fédéral au sens large, persuadé de pouvoir jouer un rôle auprès des Américais, en particulier des émeutiers, pour calmer leur ardeurs à travers un certain attrait populaire dont il bénéficiait et dont Nixon semblait avoir cruellement besoin. D’ailleurs, les seules personnes qui comprennent Elvis sont les ouvriers afro-américains qu'il rencontre dans un restaurant local.

Le film de Liza Johnson (sur un scénario de Joey et Hanala Sagal, et Cary Elwes) passe rapidement sur le contexte socio-politique et sur les faits qui ont amené cette rencontre. La cinéaste choisit de se consacrer à l’attente, emprunte de désillusion, d’Elvis dans son hôtel, accompagné de ses amis fidèles, dont Jerry Schilling (Alex Pettyfer) pour s’intéresser aux prémisses qui ont rendu possible cette rencontre qui semblait, a priori, vouée à l’échec. C’est grâce aux conseillers de Nixon et à Schilling qui connaissaient bien les multiples facettes du président et de la vedette qu’ils ont trouvé l’élément commun qui allait les amener à se rencontrer. Pour incarner Presley, Michael Shannon manque souvent de voix comme de physique, mais réussit à convaincre en mimant les gestes de la main du chanteur ou en réajustant ses lunettes de soleil qu’il ne quitte jamais, des attitudes que  Nixon aurait plus tard attribué à Elvis comme étant «un homme fondamentalement très timide». Spacey joue à merveille et nous régale dans son interprétation de Nixon, tant dans son assurance que dans des instants plus maladroits , comme par exemple quand, dans un beau moment, discret, il tente avec maladresse de donner une petite tape sur le dos d’Elvis, un spectacle attendrissant qui donne une humanité aux personnages.

Le comique de situations est très présent, en particulier dan les scènes  où les conseillers de Nixon expliquent le fastidieux protocole au King afin qu’il ne commette pas d’impairs. Il y a un peu d'introspection, aussi avec le monologue solitaire d'Elvis sur la mort de son jumeau alors qu’il figure sa rencontre avec Nixon, l’imaginant pleurnicher sur ses propres racines misérables. Pourtant, au milieu de toute l'invention dramatique il y a aussi des omissions importantes, notamment la musique d'Elvis, et un silence diplomatique au sujet de sa dépendance à l'égard de certains médicaments. S’agit-il ici de licence poétique?

Plus problématique demeure le contenu de cette rencontre mémorable et historique qui, au lieu des cinq minute prévues initialement, s’est prolongée. Que se sont dits Nixon et Elvis pendant tout ce temps dans le fameux Bureau ovale? Liza Johnson choisit de leur trouver moult points communs dont leur pratique à un petit niveau du karaté; cela donne lieu à des démonstrations impromptues de karaté alor qu’Elvis demande à Nixon de frapper ses mains pour en vérifier la dureté. Il ne s’agit pas de bizarreries,  juste les faits selon le compte-rendu officiel. Un célèbre mémorandum de la Maison Blanche écrit par Egil "Bud" Krogh (Colin Hanks, fils de Tom Hanks, l’un des acteurs les plus bancables actuellement) le futur déclencheur du Watergate, rapporte que Nixon a averti à plusieurs reprises Presley de la nécessité «de conserver sa crédibilité» et bizarrement , a indiqué qu'il était conscient de la difficulté de fonctionner à Las Vegas». Ces détails délicieusement décalés et scrupuleusement consignés amènent Liza Johnson à orienter son film en faveur de la comédie burlesque. Elvis & Nixon révèle aussi la solitude de la star qui s’interroge en réfléchissant sur sa dépendance à la crème pour le visage et aux onguents pour faire face à ses pairs et au public. Liza Johnson met l’accent sur l’anxiété qui ronge le chanteur et ses racines méridionales culturelles. En dehors de Schilling (Alex Pettyfer) et Sonny Ouest (Johnny Knoxville), les seules personnes qui comprennent Elvis dans ce film sont les ouvriers afro-américains lorsque que le King commande une crêpe au sirop d'érable dans un restaurant local, armé jusqu’aux chevilles.

Bien qu’initialement réticent à propos du scénario, Schilling a finalement donné sa bénédiction pour que Elvis & Nixon voit le jour. C’est tant mieux pour les spectateurs qui s’amuseront devant ce film divertissant et brillamment interprété.

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