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La Tortue rouge

 
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The Red Turtle (La Tortue rouge) commence par un logo des Studios Ghibli, mais pas celui auquel nous sommes habitués. Le dessin au trait de Totoro est représenté et correct, mais la couleur de fond, plutôt que le bleu ciel primesautier coutumier, est brillant et rose rougeoyant - une signalisation graphique qui souligne que ce film ne fait pas partie du répertoire Ghibli à proprement parler puisqu’il s’agit d’une co-production.

Il s’agit en fait du premier long métrage du réalisateur néerlandais Michael Dudok de Wit, oscarisé en 2001 pour les neuf minutes de Père et fille, qui, selon son aveu, n’avait jamais eu l'impulsion de tenter le format long avant de se lancer dans l’odyssée de La Tortue rouge. Basé à Londres, Michaël Dudok De Wit est devenu un des favoris des Studios Ghibli qui lui ont donné carte blanche pour ce long métrage muet qui suit la vie d’un naufragé échoué sur une île. La sélection Un certain regard présentait ce mercredi 18 mai La Tortue rouge, soulignant la présence, souvent discrète mais continue, de films d’animation sur la Croisette. La robinsonnade de Michaël Dudok De Wit a séduit par son esthétique visuelle et la bande-son ensorcelante tant le critiques que le public.

De prime abord familier, le long métrage de Dudok de Wit commence, élégamment, mais franchement, entraînant d’emblée les spectateurs dans l'histoire d'un naufragé solitaire qui tente de survivre sur une île déserte. Familier certes, le film présente une tonalité différente, hypnotisante qui accaparera l’attention des spectateurs durant les quatre-vingts minutes que dure l'oeuvre. Aucun prologue: ni le contexte, ni même des noms ne sont précisés dans les plans d'ouverture du film, notre héros anonyme est déjà jeté dans les vagues houleuses.

Sans trop en révéler, La Tortue rouge du titre met un peu de temps à se manifester, entretenant l’un des mystères centraux du film. Ladite tortue est rouge et très grande, au point de renverser tel un fétu de paille chaque radeau que notre naufragé construit. La créature va prendre toute son importance en mêlant son existence aux nécessités de la vie de notre Robinson, devenant  le moteur ronronnant doucement de la deuxième moitié du film.

L'influence du style européen de dessin se note dans la ligne claire, épurée, (lancée par Hergé) et semble évidente dans les yeux d'encre et le nez fin du protagoniste tandis que le décor scrupuleux du cadre emprunte quelque chose au monde des estampes japonaises.

Si certains adultes redoutent l’ennui, nul risque! Il y a des passages occasionnels de drame intense qui ponctuent le récit et ceci dès le début alors que l'homme se coince dans un tunnel sous-marin, et bien que la séquence ne comporte pas de musique dramatique ou de gros plans qui attiseraient la tension, le suspens est immense et on reste le souffle coupé à l’instar de notre naufragé pris au piège.

Le film se consacre à cet homme volontaire, pugnace et à sa capacité d’adaptation lente, à son propre rythme, distillant des rebondissements,   processus énigmatiques sur l'île: des bébés tortues qui se rabattent vers le bas de la plage la nuit, de petits crabes farceur qui excellent dan le sabordage sur le sable, des rideaux qui s‘abattent sur les bosquets de bambou et créent un effet visuel à travers les tiges.

Le passage du temps, la puissance et l'indifférence de la nature, et les principes de survie sont magnifiquement intégrés dans la rêverie que propose La Tortue rouge, cette fable animée sans dialogue, baignée de poésie sans  pour autant épargner d’intenses émotions aux spectateurs. L’illustrateur et le dessinateur de film d’animation Michael Dudok de Wit a bien fait d’élargir sa palette de talent au long métrage, la verve si évidente dans ses courts métrages depuis des décennies se retrouvant ici magnifiée et sublimée. A savourer sans modération!

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