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L'Olivier

 
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Sur l'écran comme dans la vraie vie, le regard de la cinéaste ibérique Iciar Bollaín laise entrevoir du mystère, de la curiosité, de l'intelligence mais peut également être moqueur. Dans Son dernier film, El Olivo (L’Olivier), Iciar Bollaín nous entraîne dans le Sud, dans une région où dominent les oliviers, suivant les traces d’Alma, jeune femme engagée, décidée à reprendre l’exploitation agricole de son grand père. Ce dernier a été contraint de vendre son olivier millénaire à une multinationale et ne s’en est jamais remis. Alma décide de renverser l’ordre établi et remonte la piste de cet arbre unique, dernier ancrage dans ses terres familiales. Ce voyage rocambolesque l’amène dans le siège d’une entreprise allemande, au coeur d’un combat de David contre Goliath.

Permettant à Iciar Bollaín de filmer des paysages magnifiques et esthétiques, El Olivo reste fidèle aux centres d’intérêts de la cinéaste; derrière les images, derrière la caméra, ce sont les histoires qui l'intéressent. Ce qui préoccupe Iciar Bollaín? Le monde autour d’elle, et en particulier les injustices, les abus, en utilisant la réalité nationale ou ce qui se passe dans des pays lointains. La principale préoccupation demeure ici l'être humain, pris en étau dans une situation d'encerclement, malmené, exploité, souffrant, filmé par le truchement d’une magnifique photographie qui met en valeur les personnages comme les paysages, ici des oliveraies dans toute la première partie.

L’attitude cinématographique de Ken Loach et sa façon d’aborder une conjecture de problème sociaux ont toujours été un modèle pour Iciar Bollaín qui traite, à travers cette histoire d’olivier, de la transmission entre générations, de l’héritage tant matériel que spirituel et sentimental. La cinéaste développe une histoire déchirante et subversive dans un univers connu des Espagnols et rend crédibles ses protagonistes même si parfois, on trouve aussi prévisible qu’ennuyeux le déroulement des événements. C’est en particulier le personnage de la petite-fille, Alma (Ana Castillo), fougueuse, indomptable et souvent hystérique, qui agace le plus. De toute évidence, de bonnes intentions ne suffisent pas au cinéma.

Avec L’Olivier, les spectateurs assistent à des chroniques de la lutte d'une jeune feme qui passe ses journées à crier auprès de ses oncles qui ont vendu l’arbre et précipité le grand-père dans un état moribond, à crier auprès de son ami, secrètement amoureux d’elle et prêt à la suivre dans cette aventure digne de Don Quichotte, à donner de la voix sur les réseaux sociaux afin de rameuter du soutien en Allemagne. On cerne les nombreuses incertitudes mais aussi le sens moral qui l’habitent et la pousse à l’extrême afin de retrouver l'antique olivier qui a connu les Romains et désormais destiné à décorer le hall d'une multinationale au lieu de s’épanouir dans son verger naturel, où, symboliquement comme naturellement se trouvent ses racines. Le symbolisme est omniprésent et aurait pu porter le film mais finit par devenir fastidieux. Les thématiques abordées initialement - la transmission, l’héritage symbolique - sont abandonnées à la fin du film, ce qui est regrettable. Moralité de l’histoire qui fuit de manière abrupte avec la mort du grand-père alors qu’Alma et ses comparses assurent une mobilisation devant l’entreprise: tout ce qui importe vraiment est la vente de cet arbre. Quid des rebelles qui ont insufflé leurs revendications durant tout le film ?

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