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Florence Foster Jenkins

 
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Florence Foster Jenkins, chanteuse soprano américaine, grande amatrice d'opéra et mélomane, a inspiré récemment le cinéaste Xavier Giannoli qui a regroupé Catherine Frot et André Marcon en 2015 dan le film Marguerite. C‘est au tour de Stephen Frears de porter la destinée incroyable de cette personnalité, incarnée avec brio par  Meryl Streep, entourée par Hugh Grant, Simon Helberg, Rebecca Ferguson, Christian McKay, Nina Arianda.

Le nouveau film de Stephen Frears est basé sur cette histoire vraie, un biopic qui fleure bon la comédie classique des studio d'après-guerre, un hymne à l’amour inconditionnel de l’âge et l'antidote parfait à la bêtise.

Si, de son vivant, Florence Foster Jenkins a été raillée pour ses prestations vocales qu ont procuré joie et amusement à des millions de spectateurs médusés dans les année noires de la guerre, en grande partie parce qu'elle ne pouvait atteindre la ligne de soprano colorature malgré ses efforts, sa pugnacité force l'enthousiasme.

Foster Jenkins n'a en effet jamais été célèbre pour son chant, vu ses fausses  notes, et dont elle ne semblait ne pas avoir conscience. Mais sa passion pour le chant et aussi son mécénat qu’elle a exercé avec panache et sincérité l’ont rendue inoubliable. Florence Foster Jenkins a marqué par la profondeur de son engagement pour la musique et l’opéra. Les enregistrements de ses concerts sont devenus des objets de collection dont le fameux concert qu’elle a donné sur la scène du Carnegie Hall à New York à ‘attention des soldats engagés dans la Seconde Guerre mondiale. Lors de ce concert mémorable, Florence Foster Jenkins a donné deux dollars sur chaque vente de billets à la charité.

Avec Stephen Frears, l'histoire de Foster Jenkins se revêt en habits neufs à l’instar de la fable de l’empereur; tout le monde sait exactement ce qui va se passer mais cette omniscience ne gâche en rien le plaisir des spectateurs, bien au contraire. Stephen Frears a choisi de se consacrer aux dernières années de la vie de Florence (Meryl Streep), en plein âge mûr, soutenu dans sa vie comme dans son art par l’amour sans faille mais platonique de son second mari, St Clair Bayfield (Hugh Grant), un acteur britannique au modeste talent.

Meryl Streep donne corps à Florence, malmenée par plus de quarante ans de  syphilis et incarne une Florence Foster Jenkins, boulotte et engoncée dans des tenues cintrées, doyenne respectable et écolière excitée: quand elle joue, elle maintient ses coudes apposés près de sa poitrine et parfois dodeline très légèrement de la tête de gauche à droite, comme une choriste à l'école primaire qui obtient finalement son heure de gloire au spectacle de fin d’année, comme si elle n’avait pas droit à tant d’honneur. Meryl Streep avait une lourde responsabilité et réussit avec maestria à imiter avec tant d’authenticité (comme dans La Dame de fer en 2011) qu’on est rapidement persuadé d’avoir affaire à la véritable Florence. elle lui donne la performance la plus humaine depuis sa prestation, en 2009, dans la comédie romantique de Nancy Meyers Pas si simple (It’s complicated), une interprétation emplie d’empathie et de chaleur, qui laisse place à un pathos justifié.

Mais chez Stephen Frears, Florence n’est pas le centre de gravité du film. Cette obligation incombe à St Clair, qui la traite avec une sorte d'affection paternaliste et une bienveillance tangible. Pour ceux parmi les spectateurs qui estimeraient que Hugh Grant serait né un demi-siècle trop tard pour endossé ce rôt, qu’ils se détrompent. Il se glisse à travers chaque scène avec une légèreté et une finesse d'esprit qui lui vont à ravir, distillant une touche complètement Fifties parfaitement en accord avec son rôle d’amant protecteur et premier fan. L’esthétique du film bénéficie de la photographie  de Danny Cohen, qui travaille le grain du milieu du siècle à trois bandes Technicolor, mettant l’accent sur la beauté des costumes usinés par Consolata Boyle.

Le film insiste sur la relation du couple qui demeure asexuée mais emplie de tendresse et de respect. Même si St Clair borde Florence jusqu’à qu’elle s’assoupisse, celle-ci dort seule, et lui partage un appartement du centre-ville avec sa maîtrese, Kathleen (Rebecca Ferguson). L'arrangement pose un casse-tête à l'accompagnateur de Florence le papiste Cosme McMoon (Simon Helberg) mais comme St Clair le souligne, cela fonctionne.

Les scènes de répétition de Florence sont truculentes alors que la cantatrice en herbe tente une escalade douce et laborieuse;  cette séquence se termine en apothéose alors que Florenence finit par être empoignée par derrière par son professeur de chant (David Haig) .

Une plaisanterie visuelle impliquant la salade de pommes de terre dont raffolait Florence montre la cuisinière préparant des quantités pénomales de ladite salade dans une baignoire, histoire de rendre cette anecdote loufoque.

Comme vous l’aurez compris, le ton est ici très différent du film Marguerite de Giannoli mais les deux oeuvres suscitent initialement les ricanements des spectateurs avant qu’ils ne parviennent à trouver la transcendance inattendue au cours du troisième acte. Ici, le film vous fait entrer dans la confiance, voire la confidence de Florence et son "monde heureux" auquel St Clair travaille dur et avec assiduité pour en éviter la fissuration.

Passé maître dans les biopics de femmes (On songe à La Dame de fer et Philomena), Frears montre ici un délicieux doigté pour la comédie à propos de l'instinct créateur qui emplit votre coeur de joie, faisant fi du ridicule.

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