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Belgica

 
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Le réalisateur Felix van Groeningen nommé aux Oscars pour The Broken Circle Breakdown revient  sur les écrans avec Belgica, une saga musicale portée par un tandem de frères qui ouvrent un club de rock: l'une des sensations auprès de la presse internationale au Festival de Sundance.

Ce mélodrame plus fort, intense et baigné de rock manque cependant de potentiel par rapport au film précédent. Librement inspiré des souvenirs liés au café-disco de son père, le Charlatan, basé à Gand, le cinquième long métrage de van Groeningen célèbre l'esprit anarchique mêlé à l'esprit d'entreprise audacieux, téméraire, peut-être inconscient qu'il faut pour ouvrir une boîte de nuit avec succès, jusqu'à ce que les différences personnelles, la prise de médicaments et de drogues, l’alcool vienent semer la pagaille. L'énergie anarchique du film en a fait un excellent choix pour le coup d'envoi de la compétition World Cinema de Sundance le succès en salles sera peut-être plus nuancé vu le public inévitablement plus limité.

Avec, en ouverture un avertissement qui ne fait que renforcer les soupçons du public que le film soi-disant fictif est une transposition à peine voilée des événements bien réels, Belgica tire son nom du bar éponyme où se déroule quasiment toute l'histoire. On y sent presque les effluves de la bière belge et des toilettes submergées, en particulier dans les premières scènes. Au cours de plus de deux heures, la plongée dans les affres de la déchéance humaine engendre  une transformation spectaculaire pour les deux frères.

L'idée du bar-boîte de nuit émane de Jo Cannoott (Stef Aerts), un doux rêveur à la voix douce aux traits fins, cheveux blonds et une paupière tombante (le résultat d'une infection durant l’enfance) qui offre une sensibilité  rassurante. A ses côtés, son frère aîné Frank est clairement dominant, interprété par un convaincant Tom Vermeir, bénévole enthousiaste pour l'assister dans ce projet en dépit des différences et heurts qui alimentent leur relation. Leur connivence est plus exploitée quand ils reniflent de la coke avec le chanteur Shitz Davy Coppens (Boris Van Severen).

Après les travaux, le bar ouvre enfin et accueille un groupe pour un premier concert. Le rocker chanteur-guitariste du groupe belge Brand with only one other, Vermeir, est naturellement charismatique quand il interprète avec  une grande capacité de nuances, une mélodie aux airs de Malcolm in the Middle.  Le concert s‘apparente à un tourbillon vertigineux, alimenté par la musique dynamique d'un groupe appelé Soulwax, qui crée l'ambiance épique qui alimente le filmAu fil de l’histoire, Frank crée le genre d'environnement hédoniste qui devient son fief au détriment de son petit frère, trop respectueux et réservé pour s’imposer face à ce frère tentaculaire qui le phagocyte. 

La dynamique des frères de Belgica cherche à trouver le mythique dans le quotidien morose. A cette fin, van Groeningen conçoit les frères Cannoott comme le de duo Romulus et Remus qui réussissent à construire un empire ensemble. Dans ses précédents films, van Groeningen recourait à un montage sophistiqué et astucieux qui créait un récit non linéaire très inventif qui lui permettait d’éviter une structure trop prévisible et une chute trop simpliste Ce n’est pas le cas cette fois-ci; il embrasse une chronologie purement linéaire. Van Groeningen parvient à créer une atmosphère mais progressivement, le film s’essouffle.

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