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Ma Loute

 
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A travers ses sept longs métrages précédents, le réalisateur français Bruno Dumont a toujours considéré la société française avec une bonne dose de scepticisme. Le cinéaste fait un saut l'extrême pour son huitième film, Ma Loute, effectuant un changement radical dans le ton et le style. Que les adeptes du P’tit Quinquin soient rassurés: ce nouveau né conserve cette atmosphère déjantée et surréaliste propre à Bruno Dumont. Servant de fil conducteur au récit, un tandem de détectives excentriques enquête sur de mystérieuses disparitions dans la région de Tourcoing, Lille, Roubaix, envisageant de possibles crimes dans cette communauté balnéaire. Mais alors que P’tit Quinquin était un drame inquiétant et empli de suspense,Ma Loute fait le portrait, dans une forme familière et satirique, de la bourgeoisie dégénérée .

Dès la première séquence où une voiture file le long des côtes ensoleillées, les spectateurs font connaissance avec la famille Van Peteghem qui vient en villégiature dans leur résidence secondaire, bâtie sur le modelé d’un temple égyptien. Les parents (Fabrice Luchini, excentrique à souhait et Valeria Bruni-Tedeschi, remarquablement contenue) dépérissent d’ennui malgré le luxe qui les entoure. Aux environs, une famille de pécheurs, les Brufort, en particulier le père surnommé l’Eternel (Thierry Lavieville) et le fils ainé, Ma Loute (Brandon Lavieville), errent sur la plage pour ramasser des moules et aider les visiteurs aisés a traverser la baie et, parfois, quand la faim se manifeste, frapper les passagers, les ramener inconscients à la maison et manger leur chair crue, le tout en braillant à tue-tête en chti.

Leur cannibalisme, que la camera ne montre qu’occasionnellement, est l’un des nombreux ingrédients loufoques et rocambolesques dans l'univers absurde de Ma Loute où les résidents tombent fréquemment vers le bas, sans raison apparente. La réalité est ici définie par la folie et régulièrement se disloque sans crier gare. Bien que d’apparence maniérée et respectable, les Van Peteghem ont leurs propres particularités que Bruno Dumont souligne par une audace hilarante, exigeant de ses acteurs des performances faites de bizarreries extrêmes. Le patriarche de la famille, André (Fabrice Luchini), enchaine des embardées autour de leur propriété et des observations ineptes sur des choses mineures, comme la taille d'une installation extérieure ou la pousse de la glycine. Sa femme Isabelle (Valeria Bruni Tedeschi), obsédée par le nettoyage et la cuisine, passe son temps à houspiller la bonne, Nadège (Laura Dupré). La sœur d’André, Aude (Juliette Binoche parlant dans un crissement de dents alors que ses yeux roulent régulièrement en arrière) semble exaltée, voire hystérique tandis que le frère d’Isabelle, Christian (Jean-Luc Vincent), parcourt la propriété comme dans un songe.

La loufoquerie permanente de cet univers, le développement des relations entre les divers personnages suscitent de grands moments d’amusement jubilatoire et extravagant. Les deux jeunes acteurs Brandon Lavieville  et Raph sont les grandes découvertes du film. Alors que l'expression impassible de Lavieville légitime la frustration de son personnage, Raph illumine l’écran par sa présence charismatique. La plupart du temps, le film fonctionne comme une immense farce parodique sur une bourgeoisie décadente comme le suggérait L’Age d'or (1930) de Buñuel ou Week-end (1967) de Godard dans la manière dynamique de croquer les classes sociales. Le tandem d'enquêteurs maladroits, composé de l’inspecteur Machin (Didier Després) et Malfoy (Cyril Rigaux), fait un clin d’œil savoureux à Laurel et Hardy: il est ostensiblement le chœur grec dans ce monde illogique, offrant des commentaires irrévérencieux, quand ils ne sont pas la pierre d'achoppement lorsque les choses basculent.

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