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Warcraft Le Commencement

 
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Après avoir vu Warcraft, on se demande si Hollywood qui est de plus en plus au Septième Art ce que MacDo est à la gastronomie, n’est pas en train de foncer dans le mur en brisant ses innombrables talents techniques (car créatifs, il y longtemps que c’est fait) en leur faisant perdre toute leur énergie dans des projets qui tiennent plus du magasin de jouets que du cinéma. On y trouve certes tout le savoir-faire indéniable des sociétés d’effets visuels comme ILM, mais il est au service d’un scénario inepte basé sur un très vulgaire jeu vidéo belliqueux qui ne satisfait que les esprits puérils nostalgiques des cours de récré quand on s’amusait à la guerre ou aux cowboys et aux Indiens. Et c’est vraisemblablement l’impérialisme «geek» qui en est responsable.

Dans les années 50, 60, ceux que l’on nommait "geeks" ou "weirds" constituaient une frange de personnes marginales et originales qui osaient défendre des choses du plus mauvais goût par pur esprit contradictoire sans aucune once de réflexion, revendiquant un plaisir purement personnel. Au début, ils étaient amusants et on se moquait d’eux comme du héros du conte Le Vilain Petit Canard. Puis, ils sont devenus de plus en plus nombreux et donc une manne commerciale à qui l’on a cédé par pur intérêt économique. Les vilains petits canards sont devenus des poules aux oeuf d’or et ont pris petit à petit le pouvoir. Dès lors, la catastrophe était inévitable, car quand on obtient le pouvoir, on impose ses règles sans discussion, on oublie trop vite qu’un jour on fut les persécutés d’un autre pouvoir et on sombre dans la facilité de la loi du Talion. L'Histoire regorgeant ras la gueule d'exemples de ce type est là pour en témoigner.

Et malheureusement cet état de fait se produit à chaque fois que l’on veut démocratiser, par prétention et appât du pouvoir, ce qui devrait rester dans une niche gardée, comme la pornographie ou l’underground. Ce genre de cultures ne peut que perdre toute sa substance en s’étalant au grand jour. L’avénement de l’ère dite de la communication n’a fait qu’empirer les choses et on en est venu à sanctifier la médiocrité mercantile au détriment de la créativité artistique et la quantité à celui de la qualité, tout en fustigeant ceux qui n’entrent pas dans ce moule et osent le dire, à grand renforts d’arguments fallacieux et revanchards: les rôles s’inversent. Et forcément, à ne vouloir chercher qu’à atteindre l’extrême du toujours plus, on finit par se mordre la queue comme le prouve à l’interne de l’univers "geek" la stupide guerre entre les pro DC Comics et les pro Marvel, alors même que ces deux studios proposent la même chose dans leurs derniers films, à savoir qu’à force de ne plus savoir quoi dire, ils font se déchirer leurs héros, qui devraient être soudés, dans des luttes intestines stériles.

Pour ceux qui ne connaissent pas le jeu en ligne Warcraft, voir le film est une épreuve pénible où il leur est difficile de comprendre l’engouement des autres pour cet univers si peu créatif et reposant sur l’argument tellement primaire qui résume toutes les guerres: être dans un camp ou dans l’autre. Le long métrage ne s’adresse qu’aux fanatiques du jeux en laissant de côté les autres sans ne jamais chercher à attirer leur attention. Au final, les non-initiés ne comprennent absolument rien aux enjeux de la chose, pour autant qu’il y en ait. Et ce ne sont pas les allusions téléphonées à Moïse ou au Golem qui sauvent les meubles de ce naufrage. En résumé, que l’on apprécie ce genre de choses, pourquoi pas, mais qu’on les considère comme des chefs-d’ouvre, ça dépasse l’entendement. Et l'on est très déçu de voir le nom de Duncan Jones aux commandes d'une telle entreprise qui ne rend aucun hommage à son talent, initié par le remarquable Moon.

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