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Elle

 
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Le nouveau film de Paul Verhoeven adapté de Philippe Djian n’est pas un vulgaire "rape and revenge movie", formule inventée par certains esprits tordus en mal d’inspiration dans le seul but de se rendre intéressants par provocation gratuite, c’est un film sur la résilience et une ouvre au cynisme assumé qui dépeint une société devenue cynique par déchéance.

Attaquée et violée chez elle par un individu portant cagoule et vêtements noirs, Michelle ne cherche pas, comme dans beaucoup d’oeuvres qui encensent la loi du talion, à se venger de son agresseur. Elle fait avec et profite de l’événement pour se montrer au grand jour et cesser de se cacher derrière une personnalité factice qui n’est autre qu’une vitrine pour briller en société. Désormais elle dira leurs quatre vérités à tous ceux qui gravitent autour d’elle: les employés de sa société créatrice de jeux vidéos violents qui table sur la perversion pathétique de ses clients, sa meilleure amie et collègue, son ex-mari, son amant, ses voisins et son fils, portrait à peine exagéré d’une génération qui érige le "positivisme" benêt en art de vivre. Elle devient dès lors l’alter-ego du réalisateur qui s’amusent à mettre tous ces parasites qui gangrènent leur entourage devant leur abyssale vacuité. Dans un faux suspense brillant, Verhoeven se délecte à présenter tous les mâles qui entourent Michelle comme son violeur présumé. Cette astuce de mise en scène permet au cinéaste d’amener l’intrigue de son long métrage vers une réflexion d’une impertinente intelligence, en se détachant des questions qui devraient logiquement avoir cours ici: qui en veut à Michelle et pourquoi? En conséquence, Elle dépasse allègrement ce que l’on appelle trop souvent le film de genre, catégorie bateau qui regroupe tous les produits ne s’intéressant qu’à titiller la sacro-sainte émotion de ceux à qui ils sont destinés par un esthétisme superfétatoire et des recettes tellement conçues pour plaire qu’elles en perdent toute saveur et tout goût. Verhoeven parvient magnifiquement à ses fins en ayant recours à la meilleure des armes à sa disposition: l’humour noir et irrévérencieux

N’ayant pas trouvé d’actrice assez intrépide pour incarner ce rôle fort dans ce qui aurait dû être une production américaine, le réalisateur hollandais finit par porter son choix sur Isabelle Huppert, qui se révèle de très loin la candidate parfaite, et décide de tourner son film en France, dans la langue de Molière, avec un casting essentiellement francophone, à notre entière satisfaction et pour notre plus grand plaisir. Cette sublime actrice qui dérangent souvent par ces choix trouve ici un écrin à la hauteur de son talent, en bénéficiant de répliques qui font mouche et mal. Elle parvient malicieusement, non pas à nous identifier à son personnage, mais à l’envier pour sa liberté de ton et son attitude rebelle dès que Michelle sort des chemins lisses de la convention et du paraître. Face à elle, Verhoeven constitue un casting irréprochable en offrant des rôles à contre-courant à une brochette d’excellents comédiens comme par exemple le couple de voisins incarné par Virginie Efira en bigote extrêmement gentille à qui il est difficile de reprocher quoi que ce soit et Laurent Lafitte en mari suiveur et relativement lâche qui n’ose pas résister à son épouse et s’invente un double mauvais.

Avec Elle, le réalisateur de l’exceptionnel Starship Troopers prouve une nouvelle fois qu’il est l’un des rois du cynisme, art difficile à maîtriser sans sombrer dans la méchanceté purement gratuite.

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