Critique

Les Amants de Caracas

 
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Armando, un homme aisé d’âge mûr, racole de jeunes garçons en échange d’argent. Il ne veut pas les toucher, seulement les regarder à distance, en se masturbant. Ce prothésiste dentaire (Alfredo Castro) appartient aux classes supérieures de Caracas mais il choisit de vivre dans un quartier de la classe moyenne inférieure, où il incite les jeunes hommes à son domicile avec la promesse de paiement. La distance qu'il entretient avec ces jeunes hommes contient sa propre violence indicible. La première rencontre d’Armando avec Elder, un jeune garçon de la rue, est violente mais n’atténue pas la fascination qu’il porte à ce rude et bel adolescent. Elder continue à rendre visite à Armando par intérêt financier. Naît alors entre eux une intimité déroutante qui oscille entre relation filiale, amants et mentor face à son protégé.

Avec, dans les rôles principaux, Alfredo Castro, Luis Silva, Jericó Montilla, ce premier long métrage de Lorenzo Vigas explore les questions de la répartition sociale à travers l'histoire d'un homme riche qui commet une sorte d'abus sans contact, trouvant une intimité coupable, sans jamais se mettre hors-la-loi. Le film plonge les spectateurs dans une exploration du désir frustré et est une fenêtre sur la stratification sociale incroyable de Caracas, sur les microcosmes diamétralement opposés, les bidonvilles, les enfants de la rue, la petite bourgeoisie et les nantis des quartiers riches, qui ne devraient jamais se rencontrer, le tout dans un contexte empli d’homophobie, constamment confondue avec la pédophilie.

Rapidement, on comprend qu’Armando porte les cicatrices d'une enfance troublée, violentée, et quand il apprend que son père est retourné à Caracas, ses angoisses longtemps réprimées refont surface. En même temps, des changements inattendus se produisent dans sa relation avec l'un de ses compagnons payés, de seize ans (Luis Silva). Alors qu’au début, leur association était purement transactionnelle, les deux hommes passent plus de temps ensemble, quelque chose commence à émerger entre eux une intimité inattendue et insoupçonnée.

Desde Allá parle de la réalité actuelle du Venezuela, avec un récit qui traverse les classes sociales disparates qui composent la capitale du pays mais le propos paraît universel et affecte violemment les spectateurs.

Vigas dresse un portrait indélébile d'une société polymorphe, donnant une résonance particulière à cette amitié improbable entre ces deux hommes. Le sujet, la pédophilie, était risqué, voire périlleux pour figurer au sein d’une compétition internationale. Le cinéaste vénézuélien semble avoir réussi à surprendre, voire troubler le public qui débattait à l’issue de la projection. Mais la chute du film sème le doute sur la perversité sans bornes du protagoniste. Le film suscite interrogations, discussions et palabres.

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