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Dégradé

 
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Le film, Dégradé, d’Arab et Tarzan Nasser, a été présenté en Compétition à la Semaine de la Critique 2015. Une famille mafieuse a volé le lion du zoo de Gaza et le Hamas décide de lui régler son compte. Les clientes d’un salon de coiffure se retrouvent au premières loges des exactions, prises au piège par les affrontements armés. Ces treize femmes, de tous âges et de toutes catégories sociales, se retrouvent coincées dans le petit salon de coiffure de Cristina émigrée russe, constituant un microcosme improbable et offrant une palette bigarrée de la société. Alors que l’électricité et coupée, compromettant les soins, ce lieu de détente devient un condensé de tenions exacerbées entre les clientes de plus en plus survoltées le temps d'un après-midi. Une future mariée, accompagnée par sa belle-mère, venue se faire coiffer et maquiller pour son grand jour, une femme en fin de grossesse qui souhaite être épilée avant son accouchement, une quinquagénaire en instense de divorce, une femme voilée qui se met à faire la prière quand retentit l’appel du muezzin, une assistante qui s’éclipse sans cesse pour appeler son amoureux... Voici quelques-unes de ces femmes hautes en couleurs dont les personnalités étonnantes vont s’affronter dans ce huit-clos de circonstances.

Dès la séquence d’ouverture avant même d’avoir vu son visage, on reconnaît la voix d’Hiam Abbass, femme trompée qui espère plaire à l’avocat en charge de son divorce. Victoria Balitska, en propriétaire de salon, symbolise toute la vague d’émigrés venus des pays slaves.

Si le titre du film se réfère à la coupe de cheveux en escaliers et suggère l’idée d’un crescendo jusqu’à une catharsis, Dégradé est inspiré d'un fait divers survenu en 2007: une intervention militaire du gouvernement du Hamas visant à neutraliser une des familles armées les plus influentes de Gaza qui avait, comme dans le film, volé un lion pour le montrer et assoir son pouvoir. Le lion a servi de prétexte à cette intervention militaire qui s'est terminée dans un bain de sang.

Par le truchement de personnages féminins excentriques, modernes et représentatifs de couches sociales différentes, le film traite de la violence en Palestine. Dans un univers censé être un havre de paix et d’insouciance, un salon de coiffure et d’esthétique, la violence fait irruption, séquestrant les clientes par le cours inattendu des événements extérieurs. Dégradé s’affirme comme un film engagé, qui dénonce tant l’occupation israélienne que ertaine mouvances palestiniennes qui dictent la vie des Gazaouis.

A travers ce microcosme de fortune, les spectateurs découvrent comment les Palestiniens vivent, ce qu’ils pensent, de quoi est fait leur quotidien. Le tandem de réalisateurs soulignent la tragédie et l’absurdité qui règnent sur la Palestine, en particulier sur la bande de Gaza.

Si Dégradé, première réalisation des frères Nasser, présente quelques erreurs de débutants, le message que le film transmet est fort, pointu et sans ambiguité. Allant à l’encontre des clichés véhiculé sur les femmes orientales, Dégradé fait la part belle à une palette d'entre elles ni voilées, ni soumises. Arab et Tarzan Nasser parlent davantage de la vie plutôt que du conflit israélo-palestinienles; leurs personnages féminins sont au coeur du film, distillant leurs joies, leurs peines, leurs problèmes quotidiens, leurs opinions et les revers de leurs relations mais le chaos extérieur aura tôt fait de les happer. Même si Dàgradé n’est pas un film politique, il démontre que la politique est omniprésente dans la société palestinienne, par le biais des conversations des femmes du salon qui tiennent des propos très critiques sur le monde oppressant dans lequel elles vivent.

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