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Le Miracle de Tekir

 
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Dix ans après son premier film Ryna, qui a été projeté dans un certain nombre de festivals et a remporté des prix prestigieux tels que le prix spécial du jury au Festival international du film de Mannheim-Heidelberg et le prix FIPRESCI à Genève au Festival international du film Tous Écrans, Ruxandra Zenide présente The Miracle of Tekir, un film mystérieux et onirique, presque magique, qui réveille le plus lointain et primordial des sentiments.

Présenté au festival du film de Zurich, Le Miracle de Tekir rend hommage à une terre nichée au cœur du Danube qui garde jalousement les secrets ancestraux d'un mélange de superstition, de traditions et de religion, oscillant entre rêves et réalité. L’histoire se déroule dans la région de Tekir, portée par la protagoniste, la magnifique Dorotheea Petre, une guérisseur célibataire qui tombe mystérieusement enceinte. Elle prodigue ses dons extraordinaires ayurvédiques et curatifs aux habitants du petit village où elle vit mais devient rapidement suspectée de sorcellerie vu sa grossesse "miraculeuse". Bannie de la petite mais tenace communauté, Mara est contrainte de fuir, abandonnant son ancienne vie et son identité. Avec l'aide du curé du village, elle trouve du travail au spa somptueux de l’Hôtel Europa, une sorte d’établissement "viscontien" sur une falaise surplombant la mer qui utilise la boue sacrée du Danube pour traiter des problèmes de fertilité.

Mais la boue de Mara, qui semble jaillir des entrailles d'une terre silencieuse et sauvage, est différente, spéciale, une sorte de liquide amniotique miraculeux qui apaise non seulement le corps, mais aussi l'esprit. Mme Lili, une retraitée riche et excentrique, cliente assidue du spa dans l'espoir de redevenir fertile, jette rapidement son dévolu sur Mara qui devient sa confidente attitrée. Le choc culturel entre les deux femmes est explosif, provoquant des étincelles incontrôlables qui rebondissent sur la surface boueuse de l’étang de Mara et alimente l’histoire en rebondissements. Alors que le visage rond et lunaire de Dorotheea Petre donne une aura de mystère à Mara, le visage anguleux et taillé à la serpe d’Elina Löwensohn transcrit toute la froideur et l’égocentrisme de Madame Lili. Tout ce qui semble de prime abord certain, l'arrogance de Lili et la dévotion aveugle de Mara, est remis en cause par la quête désespérée des deux femmes pour trouver une solution à leurs problèmes. Entraînant les spectateurs sur leurs traces, ce tandem improbable de femmes effectuera un voyage au bord de la réalité, où la justification de actes rencontre la magie, les amenant à découvrir un charmant mélange de sentiments étranges et de la liberté pure.

De la même façon que la boue miraculeuse de Mara est étalée sur le corps blessé et stérile de Madame Lili, les sonorités de la musique séduisante d’Aïsha Devi soutiennent subtilement les dialogues de Ruxandra Zenide, créant un sous-texte musical déstabilisant et puissant. Le mariage parfait et rare des images et de la musique distille des tonalités impressionnistes qui confèrent à la magie de cette histoire captivante, presque abyssale, recelant une part de mystère.

Le Miracle de Tekir parle de notre côté irrationnel, peut-être inavouable et honteux, nous invitant à libérer notre imagination, trop souvent freinée par la routine quotidienne répétitive, par les brides de l’éducation. Le deuxième film de Ruxandra Zenide, une histoire à cheval entre l'Ouest et l'Est, ouvrant notre regard sur une réalité mystérieuse qui est peut-être plus proche de nous que nous ne l’imaginons, suscite inconsciemment l’envie de plonger avec Mara dans le puits miraculeux de Tekir.

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