Critique

Truman

 
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Cesc Gay réunit Ricardo Darín et Javier Cámara, qui se sont déjà donné la réplique en 2012 dans Una pistola en cada mano, pour suivre les retrouvailles de deux amis d'enfance qui vont passer ensemble quatre journées inoubliables. Le premier, Julian, un acteur argentin exilé qui joue et vit à Madrid, traverse des moments éprouvants et a besoin du soutien d’un ami infaillible. Le second, Tomás, un mathématicien qui travaille à l'Université de Montréal, est venu à la rescousse de son ami d'enfance. Tous deux , accompagnés par Truman, le fidèle chien de Julian, partagent des moments merveilleux, d’autant plus précieux qu’ils constituent .l’ultime adieu de Julian qui se sait condamné.

Avec un sujet si délicat et sensible, le risque de sombrer dans la pathos était immense. Cesc Gay a commencé à travailler sur Truman sur le tournage de Una pistola en cada mano, prenant des notes pendant les pauses pour reconstituer un tandem d’acteurs qui fonctionne merveilleusement bien: Ricardo Darín (Julian) et Javier Cámara (Tomás). Julian, dévasté par la maladie, conscient qu’il lui reste très peu de temps avant la mort, décide de mettre à profit ce sursis pour dire au revoir aux personnes qui ont donné un sens à son existence. Avec subtilité et délicatesse, Cesc Gay a choisi de faire de Julian un homme pudique, secret, empli de bravoure et et de vaillance, qui a cruellement besoin de partager des câlins, des confidences et des échanges authentiques avec ses proches … Et bien sûr, confier son chien aux bons soins d’une personne de confiance.

Cesc Gay suit les pas de cet homme pendant quatre jours, observant avec retenue et respect ce qu'il fait, dit, tait, suggère, soupire, se cache, ressent, se reproche, regrette, laissant effleurer ses peurs, ses angoisses, ses remords, ses mea culpa. Pour ce faire, Julian est assisté par Tomás, son ami intime qu’il n'a pas vu depuis des années. Face au couperet, Tomás sera son banquier, son complice, son confesseur, son Jiminy Cricket, peut-être la personne qui le connaît même mieux que lui-même, le comparse de rires complices et de silences entendus. Cesc Gay a choisi d’éviter de montrer des larmes mais les spectateurs soupçonnent que ce soulagement survient quand personne ne les regarde, à l’insu du public, pour éviter subtilement tout voyeurisme indécent. Sur un coup de tête, mu par l’épée de Damoclès qui pèse sur lui, Julian se rendra aussi à Amsterdam pour voir son fils en essayant de sauver les apparences, en l’épargnant. Les acteurs expriment une palette incroyable d’émotions contenues mais tangibles, en particulier dans l’accolade émouvante entre le père et son fils.

Alors que la narration pourrait virer au tragique, le réalisateur ne renonce jamais à provoquer le sourire, distiller des touches de comique, d’humour caustique dans les moments les plus délicats. Sa façon de raconter l'histoire  évoque avec élégance et habileté une réalité complexe, servis par des acteurs excellents, en particulier Ricardo Darin qui offre un récital mémorable et exceptionnel. Face à lui, par de simples regards ou de subtiles expressions du visage, une main sur l’épaule, l’intonation de la voix, Javier Cámara doit relever le difficile défi de lui donner la réplique, ce qu’il réussit avec brio.Comme à l’accoutumée, Darin imprègne ses personnages avec une telle conviction qu’il met en valeur le talent de ses pairs qui se développe à son contact.

Cesc Gay signe un chef d’oeuvre qui fait de cette tragédie une délicate comédie emplie de subtilité et de nuances, de sentiment sans sentimentalisme, ne cédant jamais à la tentation de l’apitoiement, des larmoiements, ni à la facilité de manipuler les spectateurs. Du grand art avec une mention pour le chien Troilo (Truman)!

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