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Sonita

 
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Rokhsareh Ghaem Maghami signe Sonita, un documentaire sur une rappeuse afghane, adolescente émigrée à Téhéran. Le film retrace l’adolescence de la protagoniste qui a fui l’Afghanistan pour échapper à un mariage forcé. La caméra la suit dans les rues deTéhéran, où elle s’est réfugiée, dans sa quête infatigable pour devenir la prochaine Rihanna et qui rêve de devenir une astronome. Le parcours, empli d’obstacles et d’adversité, de cette jeune artiste charismatique a battu plus d'une centaine de rivaux au dernier Fetival d’Amsterdam,  remportant le Prix du public et créant l'événement.

Le long métrage de la cinéaste iranienne ne livrant aucun nouveau  terreau formel, c’est bien évidement le contenu de Sonita qui soulève finalement quelques questions intéressantes sur la responsabilité de la réalisatrice et son ingérence face au parcours de sa protagoniste. Avec sa préoccupation pressante de coller à l’actualité sur la condition féminine et l’autodétermination dans des sociétés et des milieux dominés par une interprétation traditionaliste et rétrograde de l’islam, le film est le messager de légons de femmes opprimées, bafouées, abusées, exploitées dans le monde.

Avec l’obtention d’une bourse pour étudier au sein d’une école artistique de l’Utah qui apparaît comme une sorte de terre promise pour la jeune fille, Sonita semble voir un de ses rêves se concrétiser.

Ce qui captive et émeut dans ce film, c’est son histoire, la façon dont Sonita Alizadeh, qui, au début du film vit comme une réfugiée afghane sans papiers en Iran depuis plus d'une décennie, finit par s’inscrire à la Wasatch Academy. Pour réussir une telle ascension, il lui faut surmonter toutes sortes d'obstacles circonstanciels, familiaux et bureaucratiques. Et cela implique aussi la participation cruciale, à plus d'un moment, de la scénariste et réalisatrice Ghaem Maghami, qui paie essentiellement afin de permettre à Sonita, implacablement obstinée, de retarder un mariage forcé apparemment inévitable.

La caméra de Ghaem Maghami n’est jamais intrusive et livre sa relation informelle avec la volubile Sonita. Cette relation avec la réalisatrice est clairement un élément crucial dans le développement personnel de la jeune femme qui, face à la caméra de Rokhsareh Ghaem Maghami, devient telle une chenille sortant de sa crysalide. Mais, à cinquante minutes cependant, Ghaem Maghami traverse irrévocablement la ligne d’observatrice à celle de démiurge, montrant ostensiblement quand elle paie la mère 2.000 $ que cette dernière exige. 

Ghaem Maghami opte pour une représentation simple de son héroïne-protagoniste qui crie la célébration, maintenant les projecteurs braqués en grande partie sur Sonita. Le film est tout aussi engagé que sa protagoniste, le traitement est intelligent et tout à fait admirable dans sa campagne audacieuse contre le mariage forcé en particulier face à de pratiques misogynes attribuées par coutume ou par habitus à un Islam interprété à la convenance des hommes. 

Sur les éléments de preuve présentés ici, y compris l'intégralité d'un clip vidéo réalisé pour mettre en valeur la signature de Sonita, on découvre que la jeune rappeuse est un diamant à l'état brut, encore dans le processus de trouver véritablement sa propre voix. Le film met l'accent sur l'individualité  et la liberté d’esprit.

Nous aurions rencontrer Sonita lors du récent FIFDH. Malheureusement, la jeune femme a annulé in extremis notre entretien, n’assumant pas un planning d’interviews trop chargé pour elle, une réaction surprenante et immature pour quelqu’un qui a traversé tant d’épreuves malgré son très jeune âge. 

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