Critique

The Assassin

 
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Regarder The Assassin, c'est se retrouver à la croisée des chemins entre Hayao Miyazaki, le Ronny Yu de Jiang-Hu et le Katsuhiro Otomo de Mushishi. C'est dire si la nature en général, et l'animisme en particulier, y tiennent une part importante. A travers l'histoire d'une tueuse chargée d'éliminer un chef de clan, Hou Hsiao-Hsien livre un film dont la beauté plastique cloue littéralement le spectateur à son siège, chaque plan du film méritant d'être encadré et accroché au mur.

Cet esthétisme exceptionnel, loin de ne constituer qu'un apparat de façade, participe au contraire d'une véritable profession de foi du réalisateur taïwanais qui perfuse son film, ici d'un bruissement de feuilles, là de l'écoulement d'un ruisseau, ici encore du chant d'un oiseau. Le film est ainsi parsemé de longs plans qui impriment à l'histoire un pouls particulier, celui de la nature, et au-delà, celui de son héroïne principale, la diaphane Shu Qi dont le rôle quasi muet renforce à la fois sa fragilité intérieure et la mythologie de son personnage. Car à l'instar d'un Bruno Dumont, la démarche de Hou Hsiao-Hsien vise elle aussi à utiliser la nature et les paysages pour représenter l'état intérieur de ses personnages. Une démarche casse-gueule s'il en est, mais qui, maniée avec intelligence, peut déboucher sur de véritables chefs d'oeuvre.

Qu'en est-il du propos de The Assassin? Rien de moins que le libre arbitre, le choix individuel, le refus du carcan éducatif lorsque ce dernier entre en collision avec ses propres convictions. Vaste sujet s'il en est, que le metteur en scène aborde et développe avec une finesse rare, développant sa thématique par la seule force de sa mise en scène, dépouillant au maximum sa narration de tout dialogue superflu, revenant par là même aux fondamentaux du cinéma. Une démarche qu'il convient de saluer par les temps qui courent, et que le jury mené par les frères Coen a justement récompensé par le Prix de la Mise en Scène lors du dernier festival de Cannes.

A la fois peinture sur celluloïd, récit sensitif et film de sabre, Hou Hsiao-Hsien déstructure totalement ce dernier point en s'intéressant aux instants qui précèdent et qui suivent les combats, davantage qu'aux combats eux-mêmes. Déstabilisant d'un premier abord, la démarche prend pourtant tout son sens à la fois d'un pur point de vue diégétique (l'héroïne est une professionnelle qui se débarrasse de ses assaillants en deux temps trois mouvements) que narratif (le réalisateur est moins intéressé par les scènes d'action que par ce qui anime intérieurement ses protagonistes). Une bouffée d'air frais dans le genre du wu xia pian qui prouve qu'un genre n'est jamais totalement éprouvé.

The Assassin, ou la preuve que le cinéma peut encore surprendre, étonner, émerveiller, et surtout, surtout, faire ressentir.

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