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Room

 
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Ce film fait partie des rares moments qui vous restent à jamais gravés dans l’esprit par sa puissance et sa justesse et fait d’ors et déjà partie des plus belles histoires d’amour dans son sens le plus noble du terme vues sur la toile blanche d’une salle obscure.

En pénétrant dans Room de Lenny Abrahamson, on découvre une jeune femme Joy et son fils Jack, qui porte les cheveux très longs, vivant dans un bunker. Le matin, Jack se réveille en saluant gaiement Monsieur Télévision, Madame La Lucarne, etc, s’adressant directement aux peu d’objets que l’on trouve dans cet espace très confiné. Aurait-on affaire à une folle qui aurait décidé de vire enfermé par crainte d’un cataclysme extérieur? On se pose des questions, mais la réponse intervient rapidement quand un homme, que Joy nomme Old Nick en son absence, entre par une porte particulièrement blindée: Joy est séquestrée comme esclave sexuelle depuis plusieurs années et  son fils est né en captivité. Résignée à son sort, elle s’est donc efforcée d’élever Jack en lui inculquant que l’univers se résume à leur cellule et que les images de la télévisions sont irréelles. Mais pour mettre au point une idée folle de s’en sortir avec son fils, elle doit en très peu de temps lui expliquer qu’elle lui a menti pendant cinq ans et que c’est l’inverse. Jack se révolte.

Dans son introduction, Room exprime avec une sensibilité exceptionnelle le quotidien dans une situation sordide et malsaine, sans ne jamais se vautrer dans le glauque racoleur cher à un certain public avide de produits vulgaires qui étalent sans aucune réflexion (on dit décomplexé quant on veut briller en société en défendant cette tendance) un ramassis de scènes obsessionnellement gratuites. Bien sûr que ce que vivent Joy et Jack met mal à l’aise et les visites de Old Nick sont des moments d’horreur complète en soi. Lenny Abrahamson opte pour une mise en scène crue et froide, en ayant par exemple recours à l’absence de musique, à un éclairage aux néons et à un montage qui montre à quasiment chaque plan l’étroitesse de la prison de ses personnages, de telle manière que, comme Jack et sa mère, le spectateur n’aie qu’un envie: quitter cet enfer.

Après ce premier tiers brillant, intervient la sublime scène de la concrétisation du plan audacieux de Joy au son de la sublime chanson The Mighty Rio Grande de This Will Destroy You. Cette séquence est tellement forte que l’on respire de nouveau, comme si l’on avait retenu son souffle pendant toute la première partie: c’est l’une des plus belle évocation cinématographique du soulagement. Puis c’est le moment du chapitre de l’après séquestration où Joy retrouve le monde qu’on lui avait arraché pendant si longtemps et Jack le découvre pour la première fois. Cette renaissance n’est pas sans embuche et la mère et son fils l’éprouvent de manière différente, faisant face à des problèmes qu’ils n’ont pour la première fois pas en commun. Dans un autre registre, le monde extérieur se montre aussi hostile au premier abord que celui des années de sévices. Pour Joy, il a changé et la déstabilise à tel point qu’elle plonge dans une noirceur abyssale. Pour Jack, il est neuf, vierge et le motive à le faire redécouvrir à sa mère.

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