Critique

Room

 
Critique par |

Pas de jeux vidéo ni d’Internet pas de lumière du jour, si ce n’est le filet ténu qui filtre par la minuscule lucarne qui trône au milieu du plafond. Seulement quatre murs, un lit, une baignoire, un minuscule placard et un vieux téléviseur qui ne semble diffuser qu’une seule chaîne. Voici l’univers exigu et anxiogène dan lequel vivent Jack, cinq ans, et sa maman Joy (Brie Larson). Dans ce nouveau film du réalisateur Lenny Abrahamson, Room, Jack a vécu dans cet espace confiné depuis sa naissance, avec pour seule relation l’amour de sa mère protectrice qui mime des histoires pour convaincre Jack que leur vie est tout à fait normale. Seule élément extérieur: un mystérieux inconnu qui surgit furtivement et vient chaque semaine pour déposer des fournitures et contraindre Joy à des relations sexuelles et que cette dernière appelé «Old Nick».

Ce film à petit budget est l’occasion pour Abrahamson de livrer un opus puissant tant par le choix du sujet que par la réalisation et la direction d’acteurs. Plutôt que de se concentrer sur la bataille psychologique que se livrent la victime et le bourreau, le cinéaste s’intéresse à l'histoire qui vient après, ce qui se passe quand le public assiste à cette résilience et cette renaissance. S’opère alors une exploration lente et impeccable de la relation entre la mère et le fils qui survivent malgré les effets dévastateurs à long terme de la violence.

Room fait songer aux affaires de Natascha Kampusch et Fritzl et on redoute le pire mais cette inquiétude est rapidement dissipée. Lenny Abrahamson évite le piège du sordide et parvient à faire un film bouleversant malgré la difficulté du sujet qui cède la place à la transcendance, en transformant l’une des histoires les plus sombres en un acte grandiose d’amour filial.

Basé sur le roman éponyme d’Emma Donoghue, le noyau du film se centre sur les deux personnages principaux en captivité. Quand le film commence, Jack s’est ajusté de manière remarquable dans le monde magique que sa maman a créé pour lui, saluant gaiement tous les meubles dans la pièce  car pour Jack, chaque objet a une personnalité et un nom propre. Il est tout simplement persuadé de vivre dans un conte de fées; alors, quand sa maman lui  révèle qu'elle a été enlevée il y a sept ans et qu’il et temps d’échapper à leur ravisseur, Jack voit son monde imaginaire s’effondrer puisqu'il est devenu dépendant des histoires de sa maman.

Mais, une fois la liberté recouvrée, Joy rapidement frappée par le fossé entre la vie qu’elle connaissait et la réalité qu’elle découvre. En son absence, la vie a continué à se poursuivre et l’issue heureuse qu’elle a osé imaginer semble tout simplement impossible.

Toute l'histoire repose sur les performances d’interprétation exceptionnelles de Brie Larson (Joy) et Jacob Tremblay (Jack), le film repose essentiellement sur leur travail vraiment étonnant. Jacob Tremblay évolue à travers une gamme de couleurs émotionnelles incroyables au cours du film, avec  subtilité et nuance, ce qui impressionne pour un acteur de son âge. Quant à Brie Larson, son travail est tout aussi grandiose, livré avec honnêteté et une authenticité brute, à mesure qu’elle crée son personnage. Mais elle tombe progressivement en morceaux pour disparaître complètement dans le rôle de l‘image maternel que Joan Allen assume peu à peu en tant que  grand-mère; cette transition subtile se fait à pas feutrés, délicatement.

Si vous disposez de peu de temps pour le Septième Art, Room est le film à ne pas manquer. En tant que spectateurs, nous ne sommes tout simplement pas habitués à suivre des personnages dans un univers anxiogène qui suscite des émotions, en particulier une empathie à l‘égard des protagonistes à l’instar du Silence des Agneaux de Seven. A souligner que, malgré l'extrémité de leur situation, Abrahamson aime ses personnages et veut les gratifier d’une fin heureuse.

En savoir plus sur Firouz-Elisabeth Pillet

Dans le même sujet...

 

Room

Critique par |