Critique

Brooklyn

 
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Brooklyn, réalisé par John Crowley et produit par Finola Dwyer, à qui l'on doit Une éducation (2009) et Up & Down (2014),  entraîne les spectateurs dans les méandres émotionnels d’une jeune femme déchirée entre deux hommes et deux pays. Elaboré avec intelligence et fraîcheur, le film reste cependant très classique quant à sa forme. Si le récit se situe au début des années 50, le style cinématographique laisse souvent songer à une époque antérieure, remontant à l’époque où les images de femmes fortes, combattives et vaillantes constituaient l'épine dorsale du cinéma populaire. Cette impression assaille ponctuellement les spectateurs et sème quelque peu la confusion dans l’esprit de ces derniers. L’atmosphère dominante et celle d’une romance surannée des années 30 et 40 qui fait songer à l’apogée de Brooklyn avec Bette Davis, Joan Crawford et Barbara Stanwyck, distillant tout au lin du film une bouffée d'air frais.

Cette adaptation du roman de Colm Tóibín suit Eilis (l'immaculée Saoirse Ronan), une jeune femme d’Enniscorthy, dans le comté de Wexford qui se retrouve loin de son Irlande natale, en Amérique, avec de nouveaux horizons à envisager. Eilis  découvre un monde de chaussures rouges, de robes jaunes, de marrons et de voitures bleues aux carrosseries rutilantes qui contrastent de manière abyssale avec les femmes sévèrement gainées et les garçons guindés dans leur blazer et aux cheveux gominés qu’elle a connus jusque-là.

Au fil des découvertes de la jeune femme, le directeur de la photographie, Yves Bélanger, capture les horizons d'élargissement de l'expérience d’Eilis, passant des premières scènes de rues irlandaises pluvieuses et des plans intérieurs d'églises froides à des tons chatoyants et chauds en Amérique, qui rappellent les yeux bleu clair d’Eilis.

Initialement éplorée à la séparation de sa soeur, Rose (Fiona Glascott, excellente), Eilis retrouve goût à la vie grâce à la cour assidue d’un jeune italien attentionné, Tony Fiorello. Puisant dans une riche veine du cinéma sur la vague d’émigrés (Jim Sheridan 2002 En Amérique est un lointain cousin), Brooklyn évoque magnifiquement le sentiment d'être déchiré entre le temps, le lieu et l'identité. En Irlande, Eilis est une fille avec une histoire; en Amérique, elle est une femme avec un avenir; à la fois, elle est emplie de nostalgie mais aussi de rêves.

La musique joue un rôle clé dans la narration, les nouveaux airs enjoués et les anciens chœurs liturgiques de la vie d’Ellis alternent dans des scènes contrastées. Dans une séquence sublime qui fait écho à la poésie du conte de fées, Eilis sert un dîner de Noël dans une salle paroissiale à des hommes irlandais laissés pour compte par la société américaine pour laquelle ils ont construit des tunnels et des ponts au début du siècle. L'un d'entre eux (joué par le chanteur irlandais Iarla Ó Lionáird) entonne une chanson d'amour traditionnelle irlandaise, Casadh un tSúgáin. Un moment lyrique magnifiquement bouleversant! Sagement, la mise en scène permet à la voix de Ó Lionáird, non accompagnée, de prendre de l’ampleur avant l'orchestration de Michael Brook, merveilleuse à entendre alors que la caméra balaie, selon un habile montage, un parterre de visages silencieux offrant des portraits fugaces qui semblent intemporels.

Parmi les rôles secondaires, on soulignera la truculente Julie Walters qui module merveilleusement bien les traits plus larges de dédain dans la peau de cette hilarante logeuse matriarcale, Mrs Kehoe. Malgré ses furtives appariions, Jim Broadbent donne toute son importance au Père Flood comme une présence bienveillante et un dévouement palpable.

Brooklyn reste très classique dans sa mouture mais permet un moment d’évasion réussi!

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