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Nice People

 
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Ils n’ont jamais mis de patins à glace de leur vie, jamais  tenu une canne de hockey et encore moins jouer dans une patinoire… Néanmoins, ce sont ces joueurs inexpérimentés mais motivés qui vont représenter la Somalie aux Championnats du Monde de Bandy (comme le hockey, mais avec une balle à la place d'une rondelle) à Irkoutsk, en Sibérie. Un groupe de réfugiés forment la première équipe de la Somalie à jouer cette forme de hockey sur glace qui est si populaire en Suède. L'idée est venue à un homme d'affaires excentrique dans la petite ville de Borlänge. Il voulait aider les jeunes hommes réfugiés, souvent jugés hâtivement par la population locale, dans leur intégration et solliciter une légende absolue du Bandy, Per Fosshaug, comme entraîneur. Malgré des débuts difficiles, l’équipe passe les qualifications et part pour la Sibérie où leurs exploits sont commentés par le duo suédois célèbre Fredrik Wikingsson et Filip Hammar.

Si le film de Karin af Klintberg et Anders Helgesonsuit suit le long cheminement de ces jeunes Somaliens, de leurs premiers pas hésitants sur la glace jusqu’au premier but de l'histoire de leur pays, il demeure très classique quant à la forme et au montage, c’est le sujet du fllm qui ne peut laisser indifférent. Son esprit rappelle la comédie Cool Runnings (1993) qui racontait l'histoire d'une équipe de bobsleigh jamaïcaine. Le documentaire suédois Nice People, qui suit ce groupe d'immigrants somaliens s’initiant au bandy, brosse par touches successives délicates, un contexte social hostile aux étrangers, où plusieurs des Suédois de souche vivent dans la crainte de la communauté émigrée et estiment que «la population locale est en train de devenir trop noire». Cependant, à la manière d'un film de sport jubilatoire, Nice People dépeint le pouvoir de bâtir des collectivités grâce à des expériences collectives et à des espoirs partagés.

Le titre du film offre une référence ironique au slogan officiel de Borlänge, qui s’autodéfinit comme la ville des "nice people" qui, au vu des propos racistes et des préjugés hâtifs de la population, ne correspond pas à la réalité. Comme fil conducteur de Nice People, les réalisateurs suivent le meilleur orateur de Borlänge, Patrik Andersson, un playboy excentrique aux cheveux décorés et aux chaussures en peau de serpent, qui a l‘idée ingénieuse de recourir au sport afin de faciliter l’intégration des immigrants dans la communauté qui les voient comme «des voleurs de bicyclettes, des voyous», alignant des idées préconçues qui semblent se généraliser partout en Europe. En ce sens, Nice People présente un intérêt immédiat car il frappe là où le bât blesse et démontre que la récente controverse aux Oscars correspond à un malaise qui ébranle le monde entier.

Nice People accompagne ces dix-sept joueurs de l'équipe somalienne de bandy lors des entraînements durant sept mois, les images des coéquipiers apprenant la pratique du patinage, leurs chutes dans une ambiance bon enfant, le maniement de la canne, le tout sur un ton humoristique. La caméra offre à ces jeunes hommes l'occasion de partager quelques confidences sur les raisons qui les ont amenés en Suède. Ainsi, les joueurs parlent des guerres et de la violence dont ils étaient témoins en Somalie, tandis que d'autres se rappellent les membres de leur famille qui ont été assassinés ou qui ont tout simplement disparu au milieu de l'agitation. Cette équipe insolite de bandy ne cherche pas à plaire aux spectateurs en sustant un quelconque sentimentalisme mais révèle le parcours éprouvant de jeunes émigrés qui ont de nouveaux obstacles à affronter dans leur nouvelle vie en Suède, pour prouver aux Suédois qu’ils sont dignes de confiance et décrit le plaisir et la camaraderie qui se développent au fil des mois.

A un moment particulièrement inspiré, le film trouve les résidents de Borlänge décider d'aider la cause, y compris les voisins de la vieille souche  suédoise, reflétant une image d'une Suède plus progressiste aux côtés des joueurs somaliens. Le long métrage célèbre la valeur de la culture, du sport, et l'auto-représentation de briser les barrières et la stigmatisation des communautés étrangères.

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