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Trois souvenirs de ma jeunesse

 
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On le sait, le cinéma d’auteur français a bien souvent tendance à se regarder le nombril, déroulant des histoires où le quotidien des protagonistes est aussi intéressant qu’une notice de réfrigérateur.  Dans la majorité des cas, nulle proposition de cinéma, nul formalisme, nulle recherche esthétique. Et au milieu de ce néant cinématographique made in France, Arnaud Desplechin s’impose comme celui qui aura su allier préoccupations banales (X aime Y qui couche avec Z mais qui aime quand même X) à de véritables thématiques universelles (la recherche de l’identité, le rapport à la famille…), le tout infusé dans une forme cinématographique somptueuse où chaque plan relève d’un souci esthétique permanent, pas de celui qui ne sert à rien, mais au contraire qui fait sens. Rois et Reines, à titre d’exemple, témoignait ainsi de la profession de foi d’un metteur en scène devenu aujourd’hui une véritable pierre angulaire du paysage cinématographique français.

Trois souvenirs de ma jeunesse, clairement le meilleur film français sorti sur les écrans en 2015, apporte une nouvelle pierre précieuse à l’édifice décidément impressionnant qu’aura bâti le réalisateur roubaisien. Racontant la jeunesse de Paul Dédalus, personnage que l’on retrouvait dans Comment je me suis disputé…(ma vie sexuelle), Trois souvenirs de ma jeunesse parvient à mêler trauma d’enfance, film d’espionnage et destinée sentimentale dans un même geste, happant le spectateur de bout en bout pour ne plus le lâcher jusqu’au sublime plan final. Développant un propos sur la construction (amoureuse, intellectuelle, sociale) de l’individu, le film s’attache à souligner avec une justesse et une retenue rares l’importance de la période adolescente ainsi que les choix de vie que l’on y fait et qui déterminent le reste de notre existence.

Porté par deux acteurs absolument inoubliables (l’incroyable Quentin Dolmaire dont le phrasé résonne en tête longtemps après le film, et l’épatante Lou Roy-Lecollinet dont le jeu tout en ruptures de tons fascine), le long-métrage, admirablement écrit et doté de dialogues très littéraires, exerce sur le spectateur une véritable hypnose à la fois visuelle, sonore et intellectuelle, de celles qui restent collées à votre cortex pendant longtemps. On pourra reprocher au film un tic visuel récurrent totalement inutile (le rétrécissement de l’image façon cache) dont l’aspect ostentatoire dénote avec le reste du film, ainsi qu’une première partie (l’enfance) sous-exploitée par rapport au reste du métrage, il n’en demeure pas moins que Trois souvenirs de ma jeunesse s’impose comme un très gros morceau de cinéma qu’il serait vraiment dommage de rater, tant sa place dans le cinéma français est singulière.

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