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Ave César!

 
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Avec leur nouveau film, les frères Joel et Ethan Coen font une brillante incursion dans l’envers du décor de l’usine à rêve hollywoodienne, Même si Hail, Caesar! se déroule pendant l’âge d’or de la Mecque du cinéma américain, on peut y voir des similitudes avec ce qu’il s’y passe toujours aujourd’hui.

On suit donc une journée apparemment banale d’Eddie Mannix (Josh Brolin) qui travaille pour le studio Capitole et dont la fonction et de régler tous les problèmes que peuvent rencontrer les productions en chantier, et il y a de quoi faire. Il faut ménager les susceptibilités entre différentes communautés religieuses, rapport au méga péplum qui doit raconter la vie de Jésus à travers la fascination d’un officier romain pour le futur messie, interprété par la super star Blair Whitlock (George Clooney). Le réalisateur réputé pour ses drames intimistes Laurence Laurentz (Ralph Fiennes) ne s’entend pas avec le jeune premier qu’on lui a imposé, Hobie Doyle (Alden Ehrenreich), vedette de westerns populaires sans envergure dans lequel il ne parle que très peu. Mannix doit gérer la situation personnelle inconfortable de DeeAnna Moran (Scarlett Johansson), égérie des ballets aquatiques très en vogue à l’époque et doté d’un caractère épouvantable. Il y a aussi le cas de Burt Gurney (Channing Tatum), pilier des comédies musicales du studio qui entretient de drôles de relations inquiétantes. Mannix est régulièrement dérangé dans ses activités par les jumelles Thora et Thessaly Thacker (Tilda Swinton), concurrentes acharnées dans la course aux ragots qui alimentent leurs tabloïds respectifs. Et pour couronner le tout, il reçoit une forte demande de rançon pour la libération de Whitlock, enlevé par un obscur groupe politique.

Ce dix-septième long métrage des frères Coen est un régal pour tous ceux qui ne sont pas bernés par la très fine couche du vernis hollywoodien et conscients que le business derrière cette usine commerciale et idéologique fonctionne sur un mode propagandiste sournoisement emballé dans un paquet que l’on nomme: divertissement. Tout le monde en prend pour son grade, des comédiens aux réalisateurs à l’égo surdimensionné, en passant par les producteurs qui, sous prétexte d’art, ne pensent qu’aux bénéfices leur permettant de mener un train de vie indécent, et les innombrables larbins qui gravitent autour de ce petit monde avec l’espoir d’y pénétrer un jour, à force d’une condescendance à la limite de l’acceptable. Les cinéastes jouent sur la caricature et comme ce petit monde est caricatural, ils ne se privent aucunement et livrent un film iconoclaste qui fonctionne pertinemment sur le mode du vase clos, dont Mannix ne sortira jamais car il s’y plait.

Les Coen sont une nouvelle fois appuyés dans leur démarche par une brochette d’acteurs talentueux voués à leur cause et une famille de techniciens fidèles comme le musicien Carter Burwell ou le directeur de la photographie Roger Deakins.

Hail, Caesar! soulève bon nombre de tapis sous lesquels on dissimule des actions et des comportements peu reluisants à travers non seulement l’histoire mais aussi l’actualité d’un rêve américain préfabriqué se devant, contre vent et marée, de maintenir son image idéalisée afin d’endormir les masses, à l’instar de certains partis politiques: un grand crû.

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