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Chocolat

 
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Avec Chocolat, Roschdy Zem signe son quatrième long métrage, une oeuvre très forte qui, au travers de l’histoire du premier artiste noir en France, offre à Omar Sy un rôle magnifique qu’il endosse avec un talent impressionnant. L’acteur trouve là un personnage d’une telle richesse qu’il lui permet de dévoiler une palette de sentiments quasiment infinie.

Il y a l’humour bien sûr car l’on parle de clowns et leur vocation est de faire rire. On découvre comment Footit, un artiste de cirque anglais, choisit Rafael Padilla, un noir né à Cuba, pour créer un duo qui devait rencontrer le succès. Ainsi nait le duo Footit et Chocolat qui donnera par la suite l’expression devenu courante: être chocolat. Car, même si c’est pour rire, Chocolat est le souffre-douleur de Footit, celui qui prend les coups, celui dont on aime se moquer. Repéré par un directeur de cirque parisien, nos deux compères vont faire vibrer la capitale et connaître un succès sans précédent pour un binôme clownesque: ils seront même les sujets de plusieurs films des frères Lumière incarnés malicieusement par Bruno et Denis Podalydès. Cette notoriété va amener Chocolat à une euphorie telle qu’elle va aussi devenir sa croix.

Le succès va lui monter à la tête et l’entraîner dans la spirale infernale des bonheurs artificiels qui finissent toujours par avoir raison de ceux qui s’y abandonnent, volontairement ou non. Et comme nous sommes à une époque ou l’homme non blanc est considéré comme une sous-race, Chocolat connaîtra le racisme le plus crasse, la moquerie et le rejet.

Cependant, il aura pour alliée Camille, une femme extraordinaire qui lui procurera un amour véritable et tellement puissant qu’elle le soutiendra, malgré les conventions en vigueur, jusqu’à la fin de sa vie. Camille, impeccablement interprétée par Alice Lencquesaing, est un personnage tellement hors norme qu’elle mériterait, selon les dire de Roschdy Zem, un livre ou un film à elle-seule. A ses côtés, Chocolat éprouvera l’envie de s’émanciper en devenant le premier acteur noir à jouer Othello de Shakespeare en France.

Pour donner la réplique à Omar Sy qui était indissociable du projet dès son origine, Roschdy Zem a réuni un casting indiscutable. Footit prend vie grâce au talent multiforme d’un des petits enfants de Charlie Chaplin, James Thierrée qui, en grand connaisseur du monde du cirque, s’est aussi vu confier la chorégraphie des numéros de Footit et Chocolat, avec pour mission de les dépoussiérer. C’est Olivier Gourmet toujours impeccable qui joue le rôle du directeur de cirque parisien, comme un miroir à celui qui lui avait été confié dans le monumental Venus noire d’Abdellatif Kechiche. Le couple qui permit au duo d’éclore est composé de Frédéric Pierrot et Noémie Lvovsky dans une symbiose telle qu’elle transperce l’écran. Et bien sûr, il y a Omar Sy qui trouve là un rôle exceptionnel, le rôle de sa vie l’on pourrait dire. Il le prend à bras le corps autant physiquement que mentalement et nous fait passer par toutes les phases que traverse Chocolat, allant de la naïveté à la douleur, en passant par la gaieté et de nombreuses turpitudes.

Si on rajoute à cela un travail irréprochable au niveau de la photographie, du montage, des décors et des accessoires qui nous plonge au coeur des Années Folles, on obtient un des fleurons de ce début d’année 2016 qui, il faut bien le dire, démarre plutôt très bien.

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