Critique

Manderlay

 
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Voilà donc le S de la trilogie USA de Lars von Trier. On reprend les personnages là où on les avait laissés après «Dogville». Bryce Dallas Howard remplace Nicole Kidman, et Willem Dafoe James Caan. Le concept artistique reste le même, à la différence près que le sol n'est plus noir mais blanc et que les inscriptions au sol sont de couleur noire.Encore mieux écrit que le premier volet, «Manderlay» est une fable sur l'acceptation des Noirs aux Etats-Unis. Et Lars Von Trier n'y va pas avec le dos de la cuillère. Son film est à juste titre provocant et d'une pertinence qui renverrait n'importe quel discours politique au placard. Grace décide de tendre une main secourable à ces anciens esclaves en leur apprenant les rudiments de la démocratie. Et cela ne va pas sans peine, car chacun d'entre eux à une forte personnalité et les événements naturels (la seule vraie force de notre univers loin devant toutes les balivernes religieuses qui, rappelons-le ne sont que le produit de l'esprit humain) se déchaînent. Une tempête provoque une famine et la récolte semble bien compromise.Dans ce contexte, Lars Von Trier nous offre un regard sans complaisance sur l'état actuel de la soi-disant première puissance mondiale. Tout y passe : justice expéditive, peine de mort, individualisme, lâcheté, utilisation de la force pour régler les conflits et sexualité comme catharsis. La voix-off de John Hurt, plus présente que dans le premier volet, renforce le satyrisme et le cynisme de son auteur qui joue avec l'émotion de ses spectateurs pour mieux leur planter le nez dans sa réalité. L'ensemble du casting est au diapason et les personnages contribuent au discours magistralement dérangeant de Lars Von Trier.Ce chef-d'uvre mettra sans doute, et à juste titre, mal à l'aise tous les partisans de l'impérialisme américain, toutes époques confondues. D'ailleurs le final, composé comme «Dogville» de photos d'archives, laisse muet par la pertinence du choix des images. S'entrechoquent le Ku Klux Klan, des gens heureux, d'autres maltraités, de la violence, du bonheur et, quand il s'agit d'évoquer les guerres du Viêt-Nam et d'Irak, le cinéaste opte pour des clichés où Blancs et Noirs sont représentés ensemble. La dernière de ces photographies montre un employé noir en train de nettoyer une statue d'Abraham Lincoln: tout un symbole. Vivement la conclusion de ce monument, intitulée Wasington (sans h).

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