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Les Saisons

 
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Après avoir parcouru le globe à tire d’ailes avec Le Peuple migrateur (2001) et silloné tous les Océans (2009) en compagnie des baleines et des raies mantas, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud reviennent avec un nouvel opus, Les Saisons, sur des terres plus familières, ce long métrage étant consacré à l'évolution, au travers du temps, des paysages du continent européen. Ils nous convient à un formidable voyage à travers le temps pour redécouvrir ces territoires européens que nous partageons avec les animaux sauvages depuis la dernière ère glaciaire jusqu’à nos jours.

L’hiver, premier protagoniste de ce film, persistait depuis 80'000 ans lorsque, en un temps très bref, une forêt immense recouvrit tout le continent, provoquant une nouvelle configuration planétaire. Apparaît alors le cycle des saisons, modifiant le paysage selon la période de l’année, influant ainsi sur la faune et la flore qui évoluent et se diversifient. Le film s’ouvre sur une séquence représentant l’interminable ère glaciaire à laquelle succède une forêt profonde et luxuriante puis, dans laquelle une coexistence pacifique entre le monde animal et les chasseurs-cueilleurs s’établit dans un écosystème jusqu’au chamboulement provoqué par l’activité humaine.

Les Saisons entraîne les spectateurs dans une incroyable épopée, poétique et inédite, qui rappelle la longue et tumultueuse histoire commune que partagent les êtres humains et les animaux.

Si il a fallu quatre ans au binôme de réalisateurs français Jacques Perrin et Jacques Cluzaud pour réaliser Les Saisons, leur film regroupe 15'000 ans dans le récit. On savait le tandem expert dans la manière de filmer le monde végétal, animal, aquatique. Si la photographie et le cadrage révèlent des plans magnifiques et époustouflants, qui font songer à la photographie de la nature de la mini-série de la BBC, Planet EarthLes Saisons apportent un puissant message d’éco-conscience sans sombrer dans le militantisme vitupérant.

Entre l'âge de glace et l'ère moderne la caméra révèle au plus près l’apparition des premières pousses vertes de la vie qui ont émergé de la fonte des glaciers de l’hiver, retraçant de manière limpide et fluide l’évolution et la diversification jusqu’à l’émergence des villes modernes à l’atmosphère beaucoup moins verdoyante. Le long métrage souligne combien l’action de l'Homo Sapiens a influé, puis chamboulé un équilibre qui semblait pérenne. Les animaux coexistaient dans une autorégulation saine jusqu’à l’arrivée de  leurs  terribles voisins. Il rappelle, en effet, combien l’agriculture, la chasse, l’élevage, progressivement intensifiés, sont à l’origine du changement climatique.

A travers Les Saisons, les cinéastes suggèrent que les forêts d'Europe étaient un Eden primordial tout en portant un regard nouveau sur la relation complexe et tumultueuse que les êtres humains entretiennent avec la nature, plongeant dans le cadre intime de diverses espèces, gagnant suffisamment leur confiance pour parvenir à filmer dans une incroyable proximité leurs progénitures: la biche vulnérable qui lèche son propre faon nouveau-né, le renard qui fixe l’objectif de la caméra, un lynx magnifique fait aussi une forte première impression, la couvée de canetons duveteux qui se risquent au premier saut depuis la cime d'un arbre.

Les Saisons dévoile une gamme impressionnante d'angles, de prises de vues plongeantes ou panoramiques, une voyage visuel envoûtant. Le documentaire captive de bout en bout,  distillant une narration discrète au fil des saisons. Le film suit à peu près le cycle d'une année civile (l'hiver va et vient plus d'une fois), subdivisée en une journée, puis la nuit tombante qui permet aux hérissons de s’aventurer sous le regard des hiboux prédateurs.

Le compositeur Bruno Coulais s'est chargé de la musique du film, l’inscrivant dans l’univers du conte naturel. Souvent, sa composition est souvent perçue dans le lointain comme des chants parmi les sons de la forêt. La bande-son, particulièrement adéquate et le rythme insufflé invitent à apprécier ce spectacle dans une respiration symbiotique avec la nature.

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