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Anomalisa

 
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On associe le nom de Charlie Kaufman à des récits bizarres, intertextuels, bourrés de symbolisme et pas faciles à déchiffrer, voire même distribuer. La preuve: son premier film en tant que réalisateur, Synecdoche, New York, présenté en compétition à Cannes en 2008 et marqué par une prestation majeure de Philip Seymour Hoffman, n'a pas eu de vraie vie dans la plupart des salles en dehors de quelques festivals et sorties presque invisibles. C'est pourquoi on se réjouit de retrouver en salle ce petit bijou qu'est Anomalisa, primé à la dernière Mostra de Venise et nommé aux Oscars dans la catégorie des films d'animation. 

L'intrigue est centrée autour de Michael Stone (voix anglaise: David Thewlis), un écrivain qui se rend à Cincinnati pour la promotion de son dernier ouvrage. Véxé par la banalité de sa vie quotidienne, il se trouve face à una réalité où tous ses interlocuteurs, hommes et femmes, ont le même visage et la même voix (Tom Noonan, identifié comme "Everyone Else" dans le générique). Tous, sauf une personne: Lisa Hesselman (Jennifer Jason Leigh), "Anomalisa", la voix qui arrive à se distinguer dans cet océan de conformité. Et ainsi commence une nuit que Michael n'oubliera pas facilement.

Kaufman, qui partage la mise en scène avec Duke Johnson, avait déjà abordé un sujet étroitement lié aux couples dans le magnifique Eternal Sunshine of the Spotless Mind, rare exemple de film capable de stimuler dans la même mesure le cerveau et le coeur. Il a réussi de nouveau avec Anomalisa, son récit le plus simple, qui est néanmoins situé dans un monde délirant et hypnotique que l'on reconnaît tout de suite comme venant de la tête qui nous donna jadis Dans la peau de John Malkovich. C'est un voyage émouvant, drôle, érotique (on a rarement vu des scènes de sexe aussi réalistes dans un produit animé), intelligent, plein de coeur, de sincérité et de poésie. Il est d'ailleurs drôle de faire le contraste entre les prestations chantées de Jennifer Jason Leigh dans The Hateful Eight et ce film-ci: chez Tarantino, c'était un interlude de mort; ici, un geste d'affection fait de vulnérabilité et de passion.    

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