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The Revenant

 
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Leonardo DiCaprio gagnera-t-il enfin cet Oscar qui lui échappe depuis 1994? Oui, c’est très probable, et carrément mérité, même si sa prestation dans The Revenant est inférieure à celles d’Aviator ou The Wolf of Wall Street. Et d’un point de vue strictement cinéphile, on aurait bien aimé le voir primé pour un film plus digne de ses talents.

On a, bien entendu, lu de nombreuses anecdotes concernant le tournage de The Revenant: la décision de tourner avec de la lumière naturelle uniquement comportait un planning pas très pratique, le climat n’était pas particulièrement sympa, dans un sens ou l’autre, DiCaprio aurait mangé un vrai foie de bison et Tom Hardy se serait disputé avec le réalisateur. Ce sont toutes des jolies histoires, mais le making of ne fait pas le film. Certes, c’est splendide et hypnotique sur le plan visuel, grâce au travail d’Emmanuel Lubezki, mais il y a quelque chose d’un peu creux, et ça, c’est dû à Alejandro González Iñárritu, tout récemment lauréat d’un Oscar pour la mise en scène de Birdman.

Déjà pour ce dernier film on avait parlé d’une certaine tendance narcissique chez le réalisateur, qui se laisse emporter par ses obsessions stylistiques, notamment les plans-séquences, alors qu’il devrait se retenir pour se concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire la lutte pour la survie de Hugh Glass (DiCaprio), enterré vivant et laissé pour mort. Un récit fascinant et frustrant, interrompu ou alourdi plusieurs fois (rappelons-le, ça dure 156 minutes) par ce que l’on pourrait décrire comme une envie d’insérer à tout prix des moments de grand cinéma, même quand ce n’est pas du tout utile pour raconter cette histoire de vengeance et de désespoir. Une mauvaise habitude qui, hélas, subsiste depuis sa rupture professionnelle avec le scénariste Guillermo Arriaga, comme si Iñárritu voulait prouver que la mise en scène vaut toujours plus que l’écriture.

Cela dit, ce délire d’omnipotence justifie le prix du billet parce que le jeu de DiCaprio est absolument sublime et il y a au moins une séquence extraordinaire parmi les différents interludes de vanité: le combat avec l’ours, vu en partie dans la bande-annonce, sujet de blagues et moqueries sur les réseaux sociaux, mais qui reste d’une beauté douloureuse, à voir sans hésitations sur grand écran.

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