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Maryland

 
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Après un long métrage remarquable s’attardant sur les débuts de ce que l’on nomme l’hystérie féminine, Augustine, et la co-écriture du scénario de l’impeccable Mustang de Deniz Gamze Ergüven, Alice Winocour signe une oeuvre impressionnante sur l’après traumatisme, Maryland.

En deux plans d’introduction, de dos, puis de face, la réalisatrice parvient à présenter Vincent, soldat professionnel français revenant de mission traumatisé par le terrain. On sait dès lors que l’on va assister à une oeuvre originale, brute et subtile sur la condition de ces êtres qui ont connu l’horreur, sans avoir à subir des artifices grandiloquents.

Vincent est engagé par l’un de ses amis pour faire partie de l’équipe de sécurité lors d’une fête donnée par un riche industriel libanais dans sa villa très luxueuse du Sud de la France, nommée Maryland. Très vite, on comprend qu’il fait preuve d’une vigilance exacerbée, ayant sans cesses ses yeux et ses oreilles aux aguets du moindre incident. Alice Winocour traduit merveilleusement ce comportement en faisant subir à l’image et au son de son film des distorsions faites de ralentis à la limite du surréalisme et de bruits angoissants. Après cette soirée, on demande à Vincent s’il veut bien rester comme garde du corps de la femme du propriétaire et de leur fils en son absence. Vincent accepte et prend sa tâche avec le plus grand zèle. Et tout bascule après une simple sortie à la plage.

Alice Winocour réussit brillamment à faire ce que l’on nomme trop généralement un film de genre, en y incluant action et suspense, tout en y insufflant une réflexion pertinente sur l’impossible retour à la normale après un traumatisme. Le femme que Vincent doit protéger sert de révélateur à ce mal être insidieux qui l’a envahit aussi bien mentalement que physiquement. Se retrouvant seuls face au danger que l’on ne sait jamais réel ou fantasmé par une paranoïa devenue la maîtresse du jeu, jusqu’au moment où il se concrétise de manière sèche et brutale, ce duo tente de trouver une plage de normalité, comme l’évoque la superbe séquence de discussion ou l’une et l’autre apprennent à se connaître en ayant maladroitement recours à l’humour, une grande bouffée d’air dans ce film à la tension proche de l’apnée, aussi bien pour ses protagonistes que pour ses spectateurs.

Matthias Schoenaerts et Diane Kruger réalisent une performance impressionnante qui participe à l’unisson à la justesse de ce long métrage marquant à plus d’un titre et qui reste en mémoire bien après son plan final qui mêle à la fois détresse et espoir. Alice Winocour confirme son talent total de conteuse et de cinéaste dans le sens le plus artistique du terme, et on attendra dès lors ses prochaines oeuvres avec un intérêt de plus en plus grandissant.

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