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Le Nouveau

 
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Le cinéma réserve parfois des surprises auxquelles on ne s’attend pas. Le Nouveau fait partie de celles-ci. Acteur surtout actif dans des produits dédiés à la télévision et réalisateur de deux courts métrages, Rudi Rosenberg signe un premier long malin sur les difficultés de la vie commune dans une école. Benoît est le nouveau de sa classe et il est tout de suite la bête noire d’un groupe d’élèves arrogants qui fonctionne de manière clanique avec un chef que les autres suivent docilement. Refusant d’entrer dans ce jeu malsain, il se rapproche des cas de son établissement, en fréquentant ceux que l’on laisse de côté parce qu’ils sont différents, ne répondant pas aux critères physiques, mentaux et sociaux, imposés par un moule qui a depuis longtemps montré ses limites. Il se rapproche d’une très jolie fille, nouvelle elle aussi, qui ne maîtrise pas parfaitement le français. Mais par soucis de popularité et profitant de son physique avantageux, elle finit par préférer se fondre dans le masse. Conseillé par un oncle qui tarde à prendre l’ascenseur de l’âge adulte, Benoît organise une fête chez lui. Il se retrouve avec les trois enfants les plus rejetés de sa classe.

Avec une justesse de ton peu commune en cette triste époque qui favorise les conventions et la loi du populisme, Rudi Rosenberg montre que le monde est avant tout constitué d’individus authentiques et différents qui savent garder leur personnalité tant dans leurs qualité que dans leurs défauts, et non se vendre aux sirènes du succès et de la popularité. Le réalisateur fait prendre conscience à ses personnages que la route à suivre n’est pas celle que l’on veut leur imposer, mais la leur propre. Secondé par une brochette de jeunes comédiens impeccables, il réalise un film qui va à l’encontre des modes détestables qui érigent le succès, trop souvent immérité, en talent et non l’inverse. Le Nouveau est une agréable surprise qui mérite largement le détour, mais qui peinera malheureusement à drainer les foules devenues consensuelles et ne consommant que ce qu’on leur fait miroiter par un marketing malsain de plus en plus proche du lavage de cerveau que de la curiosité la plus élémentaire, devenant une denrée rare.

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