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Allende Mon Grand-Père

 
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Le long métrage documentaire Allende mi abuelo Allende, réalisé par Marcia Tambutti Allende, petite-fille de l'ancien président, et révélé au dernier Festival de Cannes, dévoile l'intimité d'un groupe familial particulièrement et durement touché par les événements politiques et historiques subis par le pays au cours de la seconde moitié du XXéme siècle. L’approche de Marcia Tambutti Allende dévoilent les tragédies personnelles, les pauses, les pertes et la tendresse émotionnelle qui souffla dans l'ombre de la figure de l'homme politique qui a résisté et fait face au féroce coup d’état de La Moneda il y a exactement 42 ans.

Le travail de Marcia Tambutti s’avère être l'une des meilleures approches  de mémoire audiovisuelle publique consacrée au légendaire chef du gouvernement de l'Unité populaire (1970 à 1973). En principe, les éléments dévoilés par les membres de la famille d’Allende découlent de la «vie privée» mais sont exposés au travers des conversations et des confidences de ses deux filles et de ses cinq petits-enfants, mais aussi par le prisme de l’imaginaire véhiculé  par ses prises de décision politique et la pensée que sa figure distille encore aujourd’hui.

Marcia Tambutti Allende (43 ans), biologiste de profession, tente de prendre une piste difficile à suivre sur un héros, élaborant un concept qui a fait de l'ancien président et de son héritage un personnage public: à savoir comment l'homme était à l'intérieur, par rapport à sa femme et sa descendance, et avec ses plus proches collaborateurs. Outre les éléments biographiques connus sur Allende, le film rappelle comment ce médecin a construit une belle maison de famille au début des années 1940, puis l'a hypothéquée afin de financer ses campagnes pour gagner l’élection de la République.

Dans une approche simple et directe, le film dévoile les discussions de la réalisatrice avec ses cousins, sa mère ou sa tante. Cependant, au fil des discussions, le film perd son intensité et sa force narrative malgré une succession d’images et de photographies inconnues sur celui que ses proches appelaient affectueusement «Chicho», révélant des facettes insoupçonnées: sa proximité avec les enfants (il aimait à se déguiser et jouer avec eux), très affectueux avec sa famille, consacré à sa sphère privée le week-end dans la station balnéaire d'Algarrobo, séduisant avec la gent féminine, voyageur infatigable parcourant son pays par les chemins de fer pour alimenter la collecte des votes.

Marcia Tambutti donne l’impression de n'avoir pas suivi un plan préconçu pour son histoire, et, l’a finalement, élaborée dans la salle de montage où la stratégie s’affiche à travers le tracé de ses interviews qui sont presque faites en passant et ne présentent aucun motif d'ordre temporel dans la structure. Le but avoué étant de révéler un Salvador Allende obscur, méconnu mais ressuscité grâce à l'émergence des autres personnages tout aussi importants, en particulier le noyau central de l'intrigue: la femme et la fille du Président Beatriz Allende Bussi, et Laura Allende.

La première, adorée et admirée, peine à se confier mais lâche quelques bribes de confidence à travers lesquelles on perçoit beaucoup d’abnégation, de douleur et de malheur dans la famille; celle que sa famille surnomme la «Tencha» apparaît victime résignée et consentante de l'histoire républicaine du pays, sacrifiée sur l’autel de l'énergie dépensée par la conquête de son mari à la présidence de la nation; précisons que la matriarche du groupe, Hortensia Bussi Soto, et morte avant la fin du film.

En fait, les passages les plus réussis de l'œuvre, sont ceux sur les interrogations de Beatriz sur le clan qui analysent l’absence du révolutionnaire pour ses enfants (Maya et Alejandro), restitués avec une certaine mélancolie, puisque l’engagement politique du père de la nation les a aussi privés de la présence maternelle. Ainsi, l'irrégularité technique du film, est compensée par l'intensité émotionnelle.

Une dichotomie entre la forme du film et sa qualité artistique est tangible mais on retiendra la sensibilité et l’honnêteté des plans qui offrent à connaître des pages de l’histoire secrète du Chili, sur la stature historique et politique d’Allende, le défenseur courageux et solitaire de La Moneda, le président héroïque jusqu’à son combat mortel, l'orateur du discours poétique, mais aussi le père absent, ses relations sentimentales doubles ou triples. Au-delà de l’image d'un visage paisible, calme et serein, la réalité est toujours plus diffuse, triste et compliquée.

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