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Star Wars: Episode VII - Le Réveil de la Force

 
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Dix ans après La revanche des Sith, ultime opus d’une prélogie de triste mémoire, JJ Abrams reprend les rênes de la saga Star Wars, aidé dans sa tâche par le scénariste Lawrence Kasdan, déjà co-auteur du script de L’Empire contre-attaque. Précédé d’une campagne publicitaire de type rouleau-compresseur, entouré d’un secret quasi-absolu, dévoilé en avant-première parisienne à une poignée de journalistes ayant notamment été enjoints de signer un contrat de confidentialité (leur interdisant, entre autres joyeusetés, de parler du film à leur proches (sic), il aurait pu sembler difficile voire impossible d’aborder le film en faisant abstraction de tout ce barnum ridicule. Et pourtant. Aux premières notes de la légendaire musique de John Williams, la magie opère, les yeux s’illuminent, et on se laisse embarquer dans un voyage émotionnel d’une rare ampleur.

La première force du film, et non des moindres, réside dans sa remarquable capacité à créer une immédiate empathie pour ses personnages, qu’il s’agisse de Finn (excellent John Boyega) ou Rey (la révélation du film, Daisy Ridley). D’emblée attachants, ces deux personnages portent littéralement le film sur leurs épaules tant leur caractérisation, le mystère entourant leur identité et la richesse de leurs interactions maintiennent un intérêt constant. Véritables points d’ancrage du film, Finn et Rey vont se retrouver projetés dans un monde mythologique dont ils doutaient de l’existence réelle. A ce titre, la ligne de dialogue que l’on peut par ailleurs entendre dans le trailer du film (« It’s true. All of it. The dark side, the Jedi, they’re real”) résonnera longtemps comme l’une des meilleures de toutes la saga. Cette idée géniale consistant à créer un mythe purement diégétique, à installer une légende à l’intérieur même de la fiction, produit un superbe effet de miroir entre les personnages de Finn, Rey, et les spectateurs. Au-delà de l’identification, c’est également la mythologie Star Wars qui s’en trouve elle-même étoffée, renforcée et quasiment anoblie.

Par ailleurs,  JJ Abrams nous offre bien entendu des scènes d’action et de combats aériens de toute beauté, ravivant un pur plaisir de môme que l’on n’avait plus ressenti depuis 1983 (Le Retour du Jedi). Mais loin de ne s’inspirer qu’avec déférence de la trilogie initiale, le réalisateur s’en démarque en proposant au spectateur des scènes véritablement violentes (la tuerie du village) et au pouvoir d’évocation immédiat (l’explosion en chaîne des planètes). Une noirceur et une barbarie auxquelles on ne s’attendait pas forcément en entrant dans la salle. Non, JJ Abrams ne fait pas simplement du fan service ou du copier-coller des premiers épisodes, comme on peut l’entendre ici ou là. Au contraire, son film infuse une vision bien plus sombre de la saga, tout en y injectant un propos sur la transmission (voir à ce titre la trajectoire de l’héroïne principale ou encore le sublime plan final).

Mais le plus grand tour de force du long-métrage réside incontestablement dans sa portée émotionnelle : des retrouvailles Leia/Han Solo à LA scène du film que nous ne révèlerons pas ici, les larmes arrivent sans prévenir, nous faisant prendre pleinement conscience à la fois de l’importance de la saga Star Wars dans notre imaginaire collectif et de la force des rapports familiaux qui irriguent toute la série.

De là à dire que Star Wars VII : Le Réveil de la Force est un film intimiste, il n’y a qu’un pas. Que je franchis allègrement.

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