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L'Hermine

 
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Dans le Nord de la France, à Saint-Omer, Xavier Racine est un président de cour d’assises redouté, au crépuscule de sa carrière, qui est seul et craint par tout le monde, aussi intransigeant avec lui qu’avec les accusés: ses confrères l’appellent "le Président à deux chiffres", vu qu’il attribute toujours des condamnations de plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Birgit Lorensen-Coteret, médecin, qui fait partie du jury qui va devoir juger un homme accusé de l’infanticide de sa fille. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme en secret.

Au début, L'Hermine semble suivre la structure classique des films de procès mais surprend rapidement par sa maìtrise, la fluidité des répliques, la direction huilée des acteurs, des jeux de résonnances entre les personnages subtils. Théâtraux et portés par une belle écriture, les acteurs sont parfaits, certains grandiloquents et élégants, à commencer par Fabrice Luchini, grand interprète du théâtre notoire, impeccable comme à l’accoutumée, et mériterai de remporter le prix d’interprétation pour ce film. Pour donner la réplique a ce monster sacré, il fallait une actrice tout en nuances: la Danoise Sidse Babett Knudsen(vue l'année dernière dans le film de Peter Strickland, Le duc de Bourgogne).

Ecrivain et cineaste, Christian Vincent a remporté un César pour son premier long métrage en 1990 avecLa Discrète, qui met déjà en vedette Fabrice Luchini. En 2013, son dernier film, Les Saveurs du palais, avec une fantastique performance de Catherine Frot, lui a valu son succès le plus international depuis celui, en 1994, avec Isabelle Huppert en tête d'affiche, La Séparation.

En plus du côté formel impeccable, cette réalisation distille un côté vieille France: parfois, comme dans toute la première partie, on songe à des films des années 50. Tout sonne juste, parfait, limpide et fluide. L’intrigue ne se limite pas au tribunal et fait des incursions dans les vies privées: le juge Racine, récemment divorcé, qui se rend chez son ex-femme, Ditte et sa fille adolescente, Racine et Ditte qui se retrouvent autour d’un verre, malgré l’interdiction l'égale.

Alors que le rideau tombe, les spectateurs n’ont pas vu passer le temps, ce qui n’est pas toujours le cas cette année à Venise, en particulier dans la compétition. Alors que le générque de fin défile sur l’écran, on en redemande. Tout simplement prestigieux!

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