Critique

Les Cowboys

 
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Le film s’ouvre en 1994 dans la campagne savoyarde, entre le Lac Léman et les Alpes. Dans une grande prairie, Alain, sa femme Nicole et leurs deux enfants, Charles, surnommé Kid et Kelly se rendent à un rassemblement de musique country dont toute la famille est passionnée. Alain est l’un des piliers de cette communauté. Il monte sur scène pour chanter, puis invite sa file, Kelly, âgée de 16 ans, à danser sur scène sous l’oeil attendri de sa femme et de leur jeune fils. Mais à la fin de ce jour festif et insouciant, Kelly disparaît. Personne ne l’a vue partir. La vie de la famille s’effondre. Devant la désinvolture de la police régionale, Alain se rend chez les parents de son petit ami maghrébin puis se lance sur les traces de sa fille dans l’est de la France, à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, où Kelly a été vue. Alain n’aura alors de cesse que de chercher sa fille, au prix de lourds sacrifices, de l’amour des siens et de tout ce qu’il possédait. Le voilà projeté dans le fracas du monde, un monde en plein bouleversement où son seul soutien sera désormais Kid, son fils, qui lui a sacrifié sa jeunesse en l’accompagnant inlassablement dans les méandres tortueux de cette quête sans fin. Progressivement, on comprend, grâce à des indices éparses, que Kelly, rebaptisée Aafia Khalid, a suivi son ami en Orient. Il s’agit ici d’une fine observation, à travers l‘effondrement d’une famille face à la disparition de leur fille, de la montée des mouvements islamistes en Europe, au recrutement et  à la radicalisation des jeunes européens, souvent marginalisés ou isolés, qui trouvent soudain un sentiment d’appartenance à un groupe. Le prénom que Kelly reçoit pour endosser une nouvelle identité n’est as anodin. On songe à Aafia Siddiqui, également appelée lady al-Qaïda, qui est une figure du djihadisme depuis qu'elle a attenté à la vie d'officiers américains au Pakistan. Devenue icône depuis son emprisonnement, elle suscite l’intérêt de l'Etat Islamique qui souhaite la compter parmi ses rangs.

Coscénariste de Jacques Audiard pour notamment Un Prophète et De rouille et d'os, Thomas Bidegain déroule le drame de la famille d'Alain sur plus de dix ans. L’action débute, en effet, en 1994 lorsque Kelly disparait, seulement sept ans avant les attentats du World Trade Center, à une époque où l'on ne parlait pas encore d'islamisation d'une partie de la jeunesse européenne. 

Dans le rôle d'Alain, débordant d'inquiétude et de colère, François Damiens sort du registre comique dans lequel on l’a si souvent vu, incarnant magnifiquement bien ce père obnubilé par la  la quête de sa fille. A cet égard, François Damiens a évoqué, lors du dernier Festival de Cannes, George C. Scott, le principal interprète de Hardcore (Paul Schrader 1979), un père dont la fille a disparu pour réapparaître dans le milieu de la pornographie. A son instar, Alain devient un limier obsessionnel prêt à prendre tous les risques pour retrouver sa fille. Finnegan Oldfield incarne Georges, le fils d'Alain, mais tout le monde l'appelle Kid dans ce milieu country fasciné par une Amérique idéalisée. Dès qu'il a l'âge d'accompagner son père, il se joint à sa quête étant le eul à le soutenir et le comprendre. Une fois qu’Alain meurt dans un accident de voiture, Gerges reprendra le flambeau en prenant encore plus de risques qu’Alain.

Il s’agit d’un premier film très abouti qui traite la réalité du monde d'aujourd'hui sous les traits d'un film policier et d’aventure. S’il s’agit d’une première réalisation pour Thomas Bidegain qui est un proche collaborateur de longue date de Jacques Audiard, un vétéran de Cannes, il est vrai que cette année, il y fait figure de néophyte en présentant cette première réalisation qui a été longuement ovationnée par un public conquis.

Thomas Bidegain est, certes, coutumier de la Croisette où il a été en compétition à deux reprises pour l'écriture des scénarios de films réalisés par Jacques Audiard: De rouille et d'os et Un prophète. L'année dernière, il était à Cannes avec le film de Bertrand Bonello Saint Laurent dont il a également écrit le scénario. Ce film a concouru dans la catégorie de films langues étrangères pour les Oscars. Thomas Bidegain déroule le drame de la famille d'Alain sur plus de dix ans ave, en filigrane, les attentats des tours jumelles, de Madrid, de Londres. Le cinéaste divise son film en chapitres en fonction des personnages et de l’action, mais son récit manque parfois de repères temporels. Il aurait pu être un peu plus condensé pour que l'histoire progresse sur une décennie.

A Cannes, Thomas Bidegain a confié qu’il voulait réaliser depuis une longue période avant de finalement franchir le pas: «Je ne pouvais pas le proposer à Bertrand (ndlr. Bonello) ou Jacques (ndlr. Audiard). Ce scénario était ma chanson et c’était très important pour moi de la chanter».

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