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Mia Madre

 
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Coutumier à jouer dans ses films, Nanni Moretti endosse tout naturellement un rôle dans Mia Madre. L'actrice italienne Margherita Buy et l'américain John Turturro lui donnent la réplique dans ce drame familial.

Rappelons qu’en 2011, Nanni Moretti présenta Habemus Papam, fresque jubilatoire des arcanes du Vatican. Malheureusement pour le cinéaste comme pour son acteur Michel Piccoli, qui y jouait un souverain pontife dépressif, Cannes n’a pas apprécié ce film à sa juste valeur. Quatre ans plus tard, le cinéaste italien, guère rancunier, s'invite de nouveau dans la compétition du Festival de Cannes avec ce drame familial. Ce matin, lors de la projection de presse, tant les rires que les larmes étaient au rendez-vous, suivis par des  applaudissements nourris durant le générique de fin. Nanni Moretti revient au festival de Cannes en odeur de grâce, et pas uniquement pour la presse italienne.

L'histoire touchante, interprétée par Margherita Buy, John Turturro (dont la prestation a déclenché des avalanches d’éclats de rire) et Giulia Lazzarini dans la peau d'Agata Apicella, la mère du réalisateur, que dépeint le réalisateur italien, a convaincu les journalistes. Moretti amène à Cannes une nouvelle réflexion sur le deuil après La Chambre du fils qui abordait le même sujet. Moretti décrit ici la douleur d'un enfant pour la perte de sa mère bien-aimée, les derniers moments de la vie de cette femme qui est désespérément attachée à la vie et souffre de constater son déclin inévitable. Dans une sorte de thérapie personnelle, Moretti souligne aussi la nécessité de continuer à travailler en sachant que sa mère est en train de mourir, la relation mère-fille, les détails du quotidien, a priori anodins mais qui acquièrent toute leur importance quand l’être cher disparait, la douleur incommensurable, la nostalgie et la mémoire.

A Cannes, le réalisateur de Caro Diario se réjouit:  «Le public international voit mon film tel qu’il est est le juge comme tel; il n y a  aucune interférence comme en Italie, où, en plus de mon film entrent en jeu mon personnage public, mes positions politiques, les interviews que je fais» . En effet, le taux de sympathie / antipathie à l’égard du cinéaste , la chaleur ou la froideur des journalistes diffèrent crucialement entre la botte italienne et l’hexagone. Mia Madre, déjà à l’affiche en Italie depuis un mois, se concentre sur la maladie et la mort de la mère des deux protagonistes Gianni (alter ego de Nanni) et Margherita (sa sœur, réalisatrice), qui est en plein tournage, dans un jeu de références évidentes avec la biographie de Moretti.

Le cinéaste le reconnait spontanément: « Il y a beaucoup de moi dans le personnage interprété par Margherita mais contrairement à ce personnage, je n’ai pas, à l'instar de celui-ci cette nervosité ni ce sentiment de suffisance. A cette époque, ma pensée constante allait vers les autres», dit Nanni Moretti. «Qu'est-ce qui préoccupe votre esprit quand un être cher disparait Ceux qui sont ici parmi nous, qui vivent sur cette terre, ce qu'ils laissent après leur disparition: leurs livres, leurs boîtes, leur enseignement, nos souvenirs avec eux». Avec Garrone et Sorrentino , Nanni Moretti de conclure: «Je suis heureux qu'il y ait trois films italiens en compétition et d'autres dans les autres sections parallèles. Je pense qu'il s’agit du résultat d'initiatives individuelles, de réalisateurs, de producteurs, non pas tant d'un système italien qui reste distrait quant à la place du cinéma en Italie».

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