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Avril et le monde truqué

 
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Si la séquence d’ouverture qui révèle le laboratoire d’un couple de savants, fait songer à la série des Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, rapidement, la tonalité des dessins comme la tournure des événements plongent les spectateurs dans une autre partie de l’oeuvre de Tardi: son travail sur la Première Guerre mondiale.

Le film s’ouvre en 1941 mais le monde est radicalement différent de celui que nous connaissons: Napoléon V règne sur la France. Partout sur le globe, depuis 70 ans, des savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales dont, notamment la radio, la télévision, l’électricité, l’aviation, le moteur à explosion. Bloqué dans l'ère pré-industrielle cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, gouvernée par le charbon et la vapeur, avec d’évidentes menaces sanitaire et écologiques qui se profilent.

Alors que ses parents disparaissent, la jeune héroïne du titre, Avril, part à leur recherche en compagnie de Darwin, son chat qui parle, et de Julius, jeune gredin des rues.

Le scénario pourra déconcerter certains spectateurs et enthousiasmer d’autres puisqu’il repose sur une uchronie (reconstruction fictive de l'Histoire) qui donne lieu à certaines trouvailles assez amusantes: les gens voyagent près de deux jours en téléphérique pour rallier Paris à Berlin. Mais poussé à l’extrême, cette uchronie peut finir par lasser, basculant constamment dans un imaginaire qui ne fait malheureusement pas tant rêver que cela.

Benjamin Legrand, ami depuis plus de trente ans de Jacques Tardi (pour qui il a écrit l’album Tueurs de Cafard), a initialement travaillé sur l’idée d’une série reprenant l’univers de son ami. Une fois le projet d’en faire un long métrage établi, il a travaillé avec Tardi à l’élaboration de l’univers, des personnages et d’une première ébauche de récit. C’est à cette étape qu’ils ont été rejoints par Franck Ekinci, qui achèvera seul le scénario d’Avril et le monde truqué.

Le dessinateur a retravaillé les personnages, leurs costumes et leurs accessoires, et conçu un storyboard qui contenait la fête foraine et le téléphérique (devenu sous son impulsion un paquebot). Suite aux changements opérés par les équipes d’animation à partir de son travail, Jacques Tardi a préféré se retirer du projet afin de leur laisser une plus grande liberté. C’est là que le bât blesse: l’univers de Tardi devient progressivement, au fil du récit, un prétexte qui s’estompe peu à peu.

Autant se replonger avec bonheur dans une aventure d’Adèle Blanc-Sec, la suivant dans les faubourgs de Paris, croisant au passage quelques anarchistes, des scientifiques hauts en couleurs ou quelques monstres.

En 2010, Luc Besson avait tenté une adaptation, plus ou moins heureuse, d’Adèle Blanc-Sec. Comme quoi, certaines oeuvres sont difficilement transposables sur grand écran. A La fin du film, une évidence surgit: si les albums de Tardi peuvent séduire un large public d’âges divers, Avril et le monde truqué ne s’adresse qu’aux adultes.

Pour nous consoler, il nous reste une exposition, qui se tient depuis le 26 mars 2015 au musée Arts et Métiers dans le troisième arrondissement de Paris, et qui reproduit quelques décors et le style de l’enquête du film. Dans la même idée de prolonger l’aventure au-delà du long métrage, le site internet du film propose un conte en cinq chapitres qui pousse l’internaute à rechercher des savoirs disparus. Mais, tout compte-fait, ne serait-il pas plus simple et plus efficace de se replonger dans un recueil de Tardi?

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